"Enquête : le quartier de Moulins, à Lille, le « supermarché drive de la drogue »" par La Voix du Nord

La Voix du nord publie une série d’article sur le problème de la drogue à Lille, nous allons vous en relayer les principaux. Le cannabis en fait partie, mais vous allez vite comprendre que c’est bien le moindre des problèmes, l’héroïne se positionnant en force dans la capitale du Nord. La cocaïne occupe aussi une part importante et ces deux drogues sont fortement criminogènes dans un système répressif. Petit à petit, le "Ch’nord" prend le chemin du Mexique et les habitants commencent à y vivre un véritable enfer ! Cette série d’article pourrait très bien s’intituler : "chroniques de l’échec de la voie du tout répressif" ... ! Lire la suite dans le PS ....


Par Benjamin Duthoit , publié le 15/03/2016

http://www.lavoixdunord.fr/region/enquete-le-quartier-de-moulins-a-lille-le-ia19b57391n3386768

Enquête  : le quartier de Moulins, à Lille, le « supermarché drive de la drogue »

Rue Jules-Guesde, les trafics font fuir un commerçant. Tour Charles-Six, à Wazemmes, les habitants ont baissé les bras. À Lille-Sud, « personne n’ose venir nous voir  » témoigne une habitante. Un autre, de Moulins, assure que « c’est le Auchan drive de la drogue ». Témoignages.

RUE JULES-GUESDE, les trafics font fuir un commerçant.

Dans le secteur de la rue Jules-Guesde, au bord du marché de Wazemmes, la revente de cannabis se fait au grand jour. On ne peut pas y marcher sans se faire proposer plusieurs fois de la drogue.

« Les trafics ont toujours existé, mais ce n’était pas un souci majeur, se souvient Thierry Wainstein, patron de Chaussures Félix, enseigne familiale installée depuis 1932. Mais les dealers sont devenus très nombreux et plus violents. Et depuis trois-quatre ans, il y a beaucoup d’agressions. La rue a sombré, elle est dangereuse. »

Sous l’impulsion du chausseur, les commerçants de Jules-Guesde se sont mobilisés ces dernières années. Et Martine Aubry a décidé d’installer de la vidéosurveillance de voie publique, une première à Lille, ce mois-ci. Trop tard pour Thierry Wainstein. « À cause de l’insécurité, les clients viennent beaucoup moins. J’ai perdu 20 à 30 % de mon chiffre d’affaires. » La mort dans l’âme, il a décidé de déménager.

TOUR CHARLES-SIX, les habitants ont baissé les bras.

Leur mobilisation avait fait le tour des médias du pays. Durant l’hiver 2012-13, des habitants de la tour HLM Charles-Six, à Wazemmes, s’étaient révoltés contre les dealers qui squattaient leur entrée. Assurant la sécurité eux-mêmes, ils occupaient chaque soir le hall pendant plusieurs semaines.

Trois ans plus tard, les dealers sont toujours là, mais les habitants sont résignés : « Du matin au soir, des jeunes, parfois une vingtaine, squattent l’entrée et le parking, explique Sofiane (prénom modifié). Ils vendent de la drogue, cachée dans les appartements, crient, mettent de la musique, sifflent, fument. C’est arrivé qu’ils fassent du scooter dans les parties communes. Leurs restes de sandwichs sont jetés à terre.On passe dans des nuages de fumée de cannabis. Il y a déjà eu du vomi dans les escaliers, des excréments dans l’ascenseur. Le hall a été saccagé et tagué. La sécurité n’existe pas. On se sent abandonnés. »

LILLE-SUD, « Personne n’ose venir nous voir ».

Virginie (prénom modifié) vit depuis vingt ans rue de l’Arbrisseau, à Lille-Sud, où se trouve l’un des plus gros spots lillois de la drogue, la résidence Briqueterie. La présence des dealers, elle s’en accommode. « Ça fait partie du quotidien : on ne les embête pas, ils ne nous ennuient pas. »

Néanmoins, Virginie n’est pas toujours sereine. Des fusillades ont déjà eu lieu dans ce secteur. « On a peur de se prendre une balle… ». Et puis, les visites de proches dans son appartement sont rares. « Personne n’ose venir nous voir. » La police passe régulièrement. « Elle contrôle aussi nos enfants : or, il n’y a pas que des délinquants à Lille-Sud  ! »

Ce quartier, elle l’a vu se muter, avec la rénovation urbaine. « Mais il n’y a eu aucun changement au niveau social, on nous a vendu du rêve. »

MOULINS, « c’est le Auchan drive de la drogue, je veux partir ! »

Mohammed (prénom modifié) habite dans un HLM de Moulins, le quartier lillois le plus impacté par les trafics de drogues. « Dans mon entrée d’immeuble, c’est Auchan ! Une dizaine de jeunes vendent de tout (héroïne, cocaïne, cannabis), jour et nuit. L’été, ils font des barbecues devant la porte d’entrée. Ils ont tagué le hall et cassé des faux-plafond pour cacher leurs produits. Les passages de toxicomanes sont incessants. Et on ne peut rien dire… »

Ces nuisances génèrent de l’insécurité : « j’ai surtout peur pour mes enfants, qui ne sortent jamais seuls, et ma femme. J’en ai ras-le-bol. On a demandé à partir, mais les HLM n’ont pas assez de logements. »

Des immeubles HLM sous la coupe des dealers

« Des immeubles entiers sont sous la coupe de trafiquants », constate Bruno Dieudonné, procureur-adjoint de Lille. Confirmation par LMH (Lille Métropole Habitat), le principal bailleur social lillois. François Dreux, son responsable de la sécurité, s’inquiète d’un phénomène « en forte hausse ».

Les nuisances et attroupements imputés aux trafics constatés par LMH ont presque doublé en cinq ans. « On est passés de 4 000 faits en 2010 à 7 000 en 2015. » Ces chiffres englobent tous les sites LMH de la métropole. « Ils se concentrent notamment dans les quartiers sud de Lille.  »

François Dreux observe un durcissement des méthodes. « Les bandes sont plus nombreuses, plus violentes. Des entrées sont privatisées de 8 h à 23 h. » Certains habitants, les « nourrices  », sont forcés de stocker des produits. «  À Moulins, des enfants ont été enfermés dans un placard électrique pour obliger leur mère à cacher de la drogue », illustre un policier.

Conséquence de ce climat : « C’est très difficile pour les locataires. On a un niveau de demandes de mutation important, auquel on ne peut pas répondre à cause de la pénurie de logement social », explique François Dreux. Il y a pourtant des appartements vides… dont personne ne veut. « À la Briqueterie (Lille-Sud), on a des logements vacants à cause de l’insécurité. » Le ras-le-bol des résidents se tourne vers LMH, impuissant. « Pour la sécurité, c’est la police. Nous, on s’occupe de la tranquillité. »

Le bailleur a installé des caméras, mais souvent cassées. Des agents de prévention tournent, mais la baisse de subventions a fait diminuer les effectifs. Enfin, l’expulsion de locataires-dealers est rare à cause de la « loi du silence ».

Les habitants ne sont pas seuls à subir la dégradation. « Nos personnels et prestataires ont du mal à intervenir. On s’adapte. » Par exemple en se déplaçant tôt le matin. Avant l’ouverture du deal.

P.-S.

La Voix du nord publie une série d’article sur le problème de la drogue à Lille, nous allons vous en relayer les principaux. Le cannabis en fait partie, mais vous allez vite comprendre que c’est bien le moindre des problèmes, l’héroïne se positionnant en force dans la capitale du Nord. La cocaïne occupe aussi une part importante et ces deux drogues sont fortement criminogènes dans un système répressif.

Petit à petit, le "Ch’nord" prend le chemin du Mexique et les habitants commencent à y vivre un véritable enfer ! Cette série d’article pourrait très bien s’intituler : chroniques de l’échec de la voie du tout répressif ... !

Il n’y a qu’une seule façon de résoudre ce problème et cela se passe en deux points : 1) légaliser le cannabis de la façon la plus libérale possible (en tenant compte des enjeux de Santé publique et de protection de la jeunesse comme limites) et 2) dépénaliser (stopper toute poursuite à l’encontre de ceux qui suivent des traitements officiels et réguliers) les drogues dures avec de salles d’injections un peu de partout sur le territoire - les "bénéficiaires" disposants de leur produit sur place (ils n’ont plus besoin d’acheter de la came et de volet, trafiquer, dealer, se prostituer ... pour ce faire) !

Cette façon de faire résout un énorme ensemble de problèmes : délinquance, insécurité, fin des bandes plus ou moins armées, réinsertion pour les personnes victimes d’addictions, celle-ci deviennent des patients qui se soignent soit par cure de maintenance, soit pour arrêter ou réduire si c’est leur volonté. On rétablit un dialogue avec une personne qui agissait auparavant dans la totale clandestinité.

Cela ne peut fonctionner que dans des centres mixtes avec des associations anti-précarités et un centre social. A partir du moment ou un "toxicomane" (je déteste ce terme) vient tous les jours prendre "sa dose" (péjoratif) - on dira médicament désormais - on peut entamer un dialogue, lui proposer des douches, de la nourriture, des soins du corps, lui faire avoir un logement, des papiers en règle ... c’est gagnant pour tout le monde et toutes les institutions : l’individu reprend le contrôle de son existence, les institutions reprennent le contrôle de l’individu, les habitants de quartiers insécurités retrouvent la paix ... et trafiquants et dealers s’éteignent par eux-mêmes puis qu’il n’y a plus d’argent à gagner.

La fabrication d’opiacés ne coute pas plus cher que l’aspirine ...

Entre le style d’existence actuelle des toxicomanes : précarité, illégalité, crasse, maladies, actes délictueux et amoraux, soumission aux dealers, violences et humiliations vécues .... Et un système où il redevient un individu normal (un patient), plus d’emmerdes avec les flics, papier en règle avec un toit sur la tête, jamais de manque, produits aseptisés au mieux possibles, plus de risque d’overdose, un ventre plein ... que pensez-vous que le dit "toxicomane" va choisir ? Ne les prenez ni pour des animaux, ni pour des imbéciles : ce sont des êtres humains comme vous et moi, dotés d’une "gamberge" et de sensibilités sauf qu’ils sont pris (obligés) à un besoin impérieux.

... Mais avant que les "mongoloïdes" du pouvoir comprennent et acceptent ce concept, il pourrait s’écouler encore pas mal de siècles si on ne les brusque pas un peu. C’est au Peuple, désormais, d’avoir à mettre ses élus face à leurs conneries ... Parce que pour résoudre (hypothétiquement) le problème de la drogue, avec toujours plus de violences et de lois liberticides, nos gouvernements se dirigent tout droit dans une dictature avec rafles et camps de concentration ... Y’en a marre : Basta ! Tout le monde pleure et souffre dans cette guerre aux drogues. Il est temps d’imposer une nouvelle voie, d’en discuter entre toutes les parties, pour commencer ...

JLB