Encore une victime du cannabis, ... enfin, de sa répression plutôt !
Ce n’est pas le procès de cet homme qui est au centre de ce qui nous préoccupe ici, mais le fait que des patients soient livrés aux griffes des trafiquants ! Et se retrouvent ensuite condamnés quand ils se font chopper ! C’est une double condamnation qui frappe les malades s’auto-traitant au cannabis : d’une part sur les plans pénaux et pécuniaires qu’il faudra obligatoirement assumer et, d’autre part, sur le fait qu’on leur ôte leur médication réduisant par la même, leur confort d’existence et parfois leur espérance de vie. Je ne voudrai pas être juge, car dans ce domaine encore plus que d’autres, ils n’ont moralement pas droit à l’erreur !
Rédigé par M-L A le 11 juillet 2014
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Vienne - Justice
Du cannabis pour ses douleurs : 6 mois avec sursis
Châtellerault
Mohamed, bien que frêle, s’appuie lourdement sur le pupitre face au juge. Il est malade. C’est l’argument que son conseil et lui vont rappeler tout au long du procès. Atteint de sclérose en plaques, Mohamed ne supporte plus les médicaments dits classiques, alors il fume du shit (10 joints par jour) pour calmer ses nombreuses douleurs.
Si la résine de cannabis a, semble-t-il, des vertus thérapeutiques, comme l’ont rappelé le président de l’audience et le procureur, sa consommation en est interdite en France. Et dans le cas de Mohamed, les choses se compliquent lorsqu’au cours de son contrôle pour vitesse excessive le 30 octobre 2013, non seulement les policiers constatent qu’il a bu, qu’il a fumé, qu’il détient trois barrettes de 6 grammes, qu’il a consommé des amphétamines et, après sa garde à vue et une perquisition à son domicile, qu’il détient 479 grammes de résine retrouvés dans sa boîte aux lettres.
A la barre, pressé de répondre par le président, Mohamed s’embrouille dans ses explications pour finalement assurer qu’il est redevable de 600 euros à ses fournisseurs et par conséquent qu’il sert de « nourrice ». Il tente aussi la comparaison, du plus mauvais effet, entre un traitement classique de 1.000 euros par mois et sa consommation de cannabis estimée a environ 150 euros. Le procureur relève des explications farfelues et maintient que le prévenu est bien inséré dans « une économie souterraine ». Elle requiert 6 mois dont deux avec sursis, du travail d’intérêt général et l’obligation de soin.
Une peine qui semble disproportionnée pour le conseil de Mohamed qui insiste sur le fait que son client peut choisir de ne pas « utiliser les médicaments anti-douleurs dangereux pour l’organisme ». Elle assure qu’il n’a pas porté atteinte à autrui, et surtout que son statut de travailleur handicapé le pénalise dans sa recherche d’emploi.
Le tribunal lui donne « un avertissement sérieux pour qu’il trouve d’autres solutions que le cannabis » et le condamne à 6 mois de prison avec sursis.
M-L A
P.-S.
Hélas, s’il existait d’autres solutions, la question du cannabis ne se poserait même pas. Un peu con, un juge, dès fois ... enfin, je n’irai pas leur dire ! Et puis … ce n’est peut-être pas tout à fait de leur faute … nous y reviendrons !
Cette histoire résume tout l’intérêt du marché thérapeutique légal. Cet homme fut visiblement la victime de personnes exploitant sa vulnérabilité : sa maladie et son besoin de médicament efficace, moins contraignant et moins cher dans son cas, que le traitement officiel.
Lapalisse vous préciserait que si le cannabis était permis, tout cela n’aurait pu arriver à cet homme.
Rappel : le Sativex, médicament à base d’extraits naturels de cannabis, n’est distribué qu’à une seule pathologie bien précise et encore, accompagné d’un cheptel de précautions et d’exigences, alors que son champ d’action correspondrait à un grand nombre d’autres maladies.
Le cas de cet homme ne rentre pas dans les critères d’admissibilité actuels. La remarque du juge est donc des plus cyniques - probablement involontairement quand même, un juge s’y connaissant en droit, pas en médecine !
D’un autre côté, cette excuse se transforme en charge si l’on interprète la chose comme quoi les juges seraient actuellement - pour la plupart - incompétents à distinguer les affaires concernant le cannabis (droit commun simulant le cannabis thérapeutique et le malade à qui cela apporte un réel bénéfice). Mais je vais me faire l’avocat du diable ici : c’est surtout la loi qui est mal foutue et les juges sont en porte à faux avec ce que la loi leur oblige de dire et faire et leur conscience.
Dixit Bertrand Rambeaud condamné mais dispensé de peine, car lui, il ne vendait pas ni ne gardait rien pour d’autres. Car comme l’a rappelé fort à propos son avocat - pendant son procès : "... Soit il respecte la loi et meurt. Soit il la viole et ne meurt pas […]. La relaxe n’est pas un mépris de la loi, le mépris, c’est de condamner sur la base d’une loi inapplicable ...".
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JLB