En Californie, les malades se battront pour leur dose de marijuana

2001/05/16 - USA (Glenn Chapman)

OAKLAND (Etats-Unis), 16 mai (AFP) - A la coopérative de cannabis d’Oakland, en Californie, la décision de la Cour suprême de ne pas autoriser cette drogue à des fins médicales n’a pour l’instant rien changé au quotidien des malades, mais la déception est évidente.

Des tee-shirts teints décorés de l’inscription "médecin de la marijuana au travail", accrochés à un portemanteau à côté de jeans en chanvre donnent le ton. Ici, le "travail" continue, malgré la décision des neuf juges de la Cour suprême annoncée lundi. Au fond d’un couloir où sont proposés à la vente des sous-vêtements satinés, également fabriqués à base de chanvre, et des bijoux en forme de feuille de cannabis, les bénévoles s’activent : comme tous les jours, ils vérifient l’identité des acheteurs de marijuana médicale.

Ils s’occupent des malades et examinent avec attention les ordonnances de leur médecin, photographient les nouveaux pour leur établir une carte d’identification, sorte de passe-droit pour l’achat légal de cannabis. Cette carte leur permet, dans la seule ville d’Oakland, de se fournir en marijuana dans huit clubs d’achat.

L’arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis, estimant que les lois des Etats ne peuvent violer une loi fédérale de 1971 interdisant l’usage médical de la marijuana, ne perturbe pas leur routine. "Je dirais que l’atmosphère ici est à la déception et à la défiance", déclare Robert Raich, un des avocats de la coopérative. "Evidemment, nous sommes déçus, mais les patients ont besoin de ce médicament." "Entre la Cour suprême qui ne comprend pas, et le macabre ange de la mort, les patients (choisissent) de prendre le médicament dont ils ont besoin", poursuit-il.

En 1996, les électeurs californiens ont accepté par référendum la "proposition 215" qui autorise l’usage médical de la marijuana. Selon ses défenseurs, la marijuana calme notamment les effets secondaires des lourds traitements de patients atteints du sida, les nausées, ou les douleurs de certains cancéreux comme aucun autre médicament. Depuis sa légalisation à des fins médicinales, les coopératives approvisionnant des patients se sont multipliées.

"J’en ai assez d’être traité comme un criminel", explique James MacLeod, un homme de 50 ans atteint de problème rénaux. "Le gouvernement américain stigmatise les fumeurs d’herbe comme les nazis stigmatisaient les gitans", poursuit-il. MacLeod se sert du cannabis pour traiter ses douleurs et la perte d’appétit qui découlent de sa maladie. Avant la proposition 215, il l’achetait au marché noir. Aujourd’hui, il conduit pendant plus d’une heure, de la Silicon Valley à Oakland, pour se procurer sa "dose".

"Il faut que cela soit légalisé", affirme-t-il, comparant les lois sur les stupéfiants à la prohibition de l’alcool dans les années trente. "Dès que tous ces malades se sentiront mieux avec autre chose que du cannabis, nous pourrons envisager de laisser tomber", explique de son côté Me Raich. "Mais d’ici là, nous continuerons à nous battre".

Après l’arrêt de la Cour suprême, les défenseurs de la proposition 215 peuvent retourner devant un juge de première instance et tenter d’établir sa légitimité en usant d’arguments qui n’ont pas été soulevés devant la juridiction suprême. Ils pourraient notamment défendre l’idée qu’il existe un droit constitutionnel des citoyens à ne pas souffrir, explique l’avocat. Une deuxième option, selon lui, serait de plaider que la loi fédérale interdisant la marijuana viole le droit des Etats.