Du chanvre pour apaiser l’asthme
Extraits du livre
Cannabis : Médecine Interdite
Editions du Lézard
Lester Grinspoon et James Bakalar
Le cannabis pourrait également avoir d’autres usages médicaux tel que l’asthme
Environ dix millions d’Américains souffrent d’asthme, une maladie caractérisée par des crises d’essoufflement et de suffocation (wheezing) et due à une tendance au rétrécissement des petites voies aériennes dans les poumons, les bronchioles. Les parois de ces bronchioles deviennent enflammées et se remplissent de flegme ; le sujet peut se mettre à souffrir de toux chroniques à force de tousser pour se dégager les voies respiratoires. Les crises d’asthme font chaque année plus de 4000 victimes aux Etats-Unis. C’est une maladie provoquée par des réactions allergiques au pollen, à la poussière, aux plumes et aux poils d’animaux, ainsi que par l’air froid, les infections, le sport et les polluants atmosphériques. Elle est plus courante chez les enfants que chez les adultes et la gravité des crises tend à s’atténuer avec l’age. On peut recourir aux broncho-dilatateurs pour provoquer la relaxation du muscle bronchique et élargir les conduits aériens ; les stéroïdes de synthèse atténuent l’inflammation et les tuméfactions qui en résultent. Mais les bêta-sympathomimétiques, les médicaments les plus souvent utilisés en tant que broncho-dilatateurs, peuvent provoquer de la somnolence, de l’énervement et des nausées ; les stéroïdes, utilisés pendant plus de quelques mois, ont de graves effets secondaires, dont une déminéralisation osseuse, des convulsions et des hémorragies. (Ce sont des effets que l’on peut quelque peu atténuer en administrant le stéroïde directement dans les poumons, en court-circuitant la circulation sanguine.) Les autres anti-inflammatoires ont aussi des effets secondaires sérieux et sont plus difficiles à administrer.
Compte tenu des inconvénients des médicaments actuellement disponibles pour le traitement de l’asthme, il conviendrait d’envisager le recours aux cannabinoïdes. Plusieurs études ont montré que le THC joue un rôle de bronchodilatation chez les sujets normaux, chez ceux qui souffrent d’asthme bronchique chronique ou chez ceux pour lesquels on a provoqué artificiellement des spasmes bronchiques. Dans le cadre d’une étude en particulier, on a constaté que le THC améliorait la circulation de l’air dans les voies respiratoires chez les sujets normaux ; chez les patients asthmatiques, il permet de lutter contre la bronchocontriction. Dans une autre étude apparentée ; on a comparé l’effet du THC fumé à l’isoproternol en spray, un broncho-dilatateur conventionnel. Les deux substances ont pour effet de soulager les bronchospasmes, mais l’isoproternol s’est avéré avoir une action plus rapide et un effet de pic plus prononcé, tandis que l’effet du THC est plus durable (62). La marijuana sous forme entière n’est vraisemblablement pas utile dans ce cas, puisque les effets irritants du THC et des goudrons de la fumée de marijuana peuvent produire des bronchites chroniques chez les gros consommateurs. La fumée de cannabis contient par ailleurs des substances cancérigènes qui sont toxiques pour les cils vibratiles qui aident les poumons à se débarrasser du mucus.
Le THC peut aussi être administré par voie orale ou par spray. Mais l’activité anti-asthmatique du THC par voie orale est retardée et peu fiable en raison du caractère erratique de son absorption. On a constaté, lors de certaines expériences, que le THC administré sous forme de spray aérosol a un net effet de bronchodilatation sans effet secondaire négatif. Dans une étude en particulier, on a pu voir que le THC sous forme d’aérosol produisait un effet plus rapide, mais moins durable, que le broncho-dilatateur standard, l’isoproternol (63). Mais cet axe de recherche n’a pas fait l’objet d’autres investigations dans la mesure ou le THC sous forme de spray est tout de même un irritant bronchique (64). Quoiqu’il en soit, tout porte à croire qu’il faut poursuivre les recherches. On pourrait trouver d’autres cannabinoïdes, naturel ou de synthèse, plus efficace que le THC et comportant moins d’effets secondaires. On pourrait aussi trouver des moyens moins dangereux d’administrer ces substances. Enfin, le mécanisme d’action des cannabinoïdes est apparemment différent de celui des autres broncho-dilatateurs, et si l’on parvenait à en comprendre le fonctionnement exact, il serait peut-être possible de mettre au point de nouveaux traitements. Un récent article démontrant que l’usage de broncho-dilatateurs bêta-sympathomimétiques est plus risqué que l’on ne l’avait cru jusqu’à présent et serait lié à des taux de mortalité élevée chez les asthmatiques confirme la nécessité de trouver de nouveaux traitements (65).