Drogues douces en énormes quantités
La révision de la loi sur les stupéfiants a échoué. On ne le remarque pas sur le marché des drogues dans la ville de Berne. Qui a envie de fumer trouve toujours de l’herbe ou du haschisch, sans grandes difficultés.
D.* est assis dans un bistrot de la vieille ville et il boit un café. Il n’a pas besoin d’acheter de l’herbe, en plus il n’aime pas l’herbe "indoor" provenant des magasins. D. ne veut pas apparaître sous son vrai nom. Il risque, comme tous les autres, une dénonciation s’il donne son nom et avoue qu’il fume.
Il existe des magasins à la Brunngasse où on vend du chanvre "sous le comptoir". "Mais on peut aussi avoir du cannabis dans la Rathausgasse, dans la Münstergasse ou prés du Zytglogge", raconte D. Les magasins sont cachés. Des disques, des vêtements ou des chaussures sont sur les étalages, déclare D. Apparemment, Florian Walser, chef de la brigade criminelle de la ville de Berne, fait les mêmes observations. Lors du BZ-Talk de jeudi dernier, il a confirmé que des magasins de chanvre secrets existent. Seules les personnes connues obtiennent la drogue. "Il existe une sorte de contrôle au faciès", déclare D.
Ceux qui s’approvisionnent jusqu’à présent dans les magasins de chanvre connaissent le stress. Des fumeuses et des fumeurs plus jeunes ont commencé à fumer ces dernières années, pendant que les députés fédéraux réfléchissaient à la loi sur les stupéfiants. Ce que D. a aussi remarqué : des quantités plus importantes de cannabis sont vendues, on ne vend plus rien en-dessous de 50 ou 100 francs.
Fin de l’édulcoration
"C’est absolument fou ce qui se passe actuellement", déclare "Mosi", comme il se nomme lui-même. Il parle du stress de l’approvisionnement des consommateurs. "Mosi" gère un magasin de chanvre à la Gerechtigkeitsgasse. "Chez moi, on ne peut plus acheter d’herbe depuis trois mois", dit-il. Lors d’une descente, la police a "cherché les millions". Une enquête est actuellement en cours contre lui. On a bien trouvé deux kilos de chanvre stupéfiant. Maintenant, on ne trouve plus que des produits de chanvre légaux : de la bière, des thés, des cosmétiques. Un calendrier de pin-up est accroché au mur. La blonde représentée tient une feuille de chanvre entre ses doigts.
Deux jeunes hommes venant de Lausanne entrent dans le magasin. Ils demandent en cachette s’il y a du cannabis. "Non", répond le vendeur. Mais il ne fait pas de secret sur le fait qu’ils en trouveront sur la Bundesterrasse, prés de la Kleine Schanze, ou sur le terrain de l’usine à gaz. Ce n’est pas un secret à Berne de savoir on peut trouver de la marchandise.
La Münsterplattform, la Bundesterrasse, la Kleine Schanze et le terrain de l’usine à gaz sont donc également des lieux pour la vente d’herbe et du haschisch bien connus de la police de la ville. Cette dernière est soulagée du fait qu’après la non-entrée en matière par le Conseil national pour la révision de la Lstup, la situation est plus claire. La situation juridique n’a pas changé depuis des années. "Mais il y avait une édulcoration", déclare Franz Märki, le porte-parole. Märki fait allusion à l’habitude de fumer des joints dans la rue et dans les squares, comme si c’était légal.
Des kilos de cannabis
La Reithalle est un lieu de ce genre. Ici, depuis toujours, on a une attitude libérale envers l’herbe et le haschisch. Une visite le démontre : on fume un maximum, surtout pendant les week-ends. La population : des punks, des babas, des junkies, mais aussi pas mal de gens d’origine africaine, d’Afrique du nord ou d’Afrique noire. "Il n’existe quasiment plus de commerces qui vendent de l’herbe dans la Reithalle", déclare D., qui fréquente ce lieu depuis longtemps. Eventuellement, on peut se procurer "de la fumette", une fleur d’herbe pour un joint.
B.* (*nom changé) n’est pas obligé d’acheter de l’herbe. Il est ingénieur en développement et fume depuis vingt ans, mais avec une tendance à la baisse. "Le chanvre stupéfiant pousse comme du foin", dit-il. Il produit son propre cannabis. "Je jette une poignée de graines sur le terrain de notre alpage". La récolte se fait en automne. Il ne connaît pas le stress de l’approvisionnement : "Il y a un bon kilo de cannabis dans ma cave". Parfois, il fume une cigarette de haschisch, "j’achète le haschisch chez des fournisseurs différents", déclare-t-il.
Des plaques de haschisch
H. a une relation ouverte avec les drogues. Depuis des années, il fume du haschisch. Ceux qui le connaissent peuvent acheter des "morceaux" de haschisch pressé chez lui. "Quelqu’un m’amène des plaques entières, sans que je doive vraiment m’en occuper". Il vend le haschisch en parts. Il ne sait pas d’où provient la matière. Mais, depuis de longues années, il a des relations, une structure établie depuis vingt ans. T. a également de telles relations. "J’ai la même source depuis des années", dit-il. Son haschisch vient d’Afghanistan, du Pakistan et du Népal. Ces deux-là ne connaissent pas le stress de l’approvisionnement. T. a aussi remarqué que les prix n’ont pas changé, et cela depuis dix ans.
Bilan : s’acheter des drogues en ville à Berne est surtout devenu un problème pour les jeunes. Là, la répression démontre un certain effet. La question est juste de savoir pendant combien de temps. Là où la demande existe, l’offre n’est pas loin. Des vieux fumeurs et des fumeurs réguliers ont suffisamment de contacts sur le marché noir. Ils ne connaissent pas non plus le stress de l’approvisionnement.