Dossier : c’est l’histoire de Gérard Jubert ... tatatatin (*) !

(*) Petite référence à la chanson "Gérard Lambert" du chanteur Renaud ! Mais ici nous parlons de Gérard Jubert. On ne sait que peu de chose sur cet homme d’une nature très discrète de son vivant. Je n’ai même pas pu trouver la date exacte de sa mort (supposée être arrivée en mai 2005). Ce sont donc deux injustices qui ont frappé ce résistant de génie : 1) une condamnation absurde et grotesque 2) un oubli général et quasi total. Voici donc un petit dossier qui regroupe toutes les informations que j’ai pu glaner. Découvrez ici l’histoire tragique de Gérard Lambert ! Et, après avoir pris connaissance de la chose, exigeons sa réhabilitation à titre posthume !


Par Jean-Louis Bouvarel, le 17 juillet 2014

Cannabis : Petits dossiers impertinents parce que trop pertinents (série à suivre …)

Dossier Martyrs de la cause cannabique : le cas Jubert !

Nous allons sortir de la revue de Presse classique, car que ce qui suit tire son origine d’une documentation underground. Pour autant, vous allez en juger, elle est documentée par de vrais articles de Presse.

Dans la lignée : « nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas … », voici l’histoire non pas de Gérard Lambert, mais celle de Gérard Jubert ! Pour cet article, je vais faire dans la facilité du copié-collé : tout y est dit par le concerné en question et il n’y a rien à y rajouter. Cet ensemble date un peu … d’une époque où la loi de 70 n’avait pas encore été modifiée. C’est donc d’un rappel à la Mémoire qui vous est ici présenté, dans le registre de la guerre franco-française aux drogues.

Beaucoup d’entre vous rétorqueront : « Jubert ? Ne connais pas … !  ». Mais si je vous rajoute « Éléphant Rose  » du coup, les plus anciens vont se rappeler que cela leur dit quelque chose. Non, ce n’est pas le jeu de rôle antidrogue acheté à grands frais (pour rien - personne ne veut y jouer) par une grand nombre d’établissement scolaires (infos sur le jeu ici, cela vaut le coup d’œil !)

Non, l’Éléphant Rose était une revue périodique pro-cannabis et révolutionnaire dans sa formule, qui avait eu l’affront de se vendre en kiosque ! Et de bien se vendre (ascension fulgurante en trois exemplaires seulement).

Il est ici question d’une part, de commencer à exposer toute la dimension criminelle de la prohibition et, d’autre part, de se rappeler que la résistance cannabique a une longue histoire et des martyrs. En fait, le parcours d’un J.P. Galland par exemple, comme celle d’un G. Jubert, c’est l’histoire de sortes de syndicalistes autodidactes et autoproclamés qui défendent quelques principes injustement interdits et réprimés. C’est du Kif-kif !

Et de dénoncer la connerie crade des acteurs de la répression au quotidien !

Voici l’histoire de quelqu’un qui a été lourdement condamné sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui, juste sur fond de psychose judiciaire et d’hystérie politique. C’est de l’Injustice. Et cela s’est passé en France et il n’y a pas si longtemps que cela ! Nous avons le devoir ne jamais l’oublier !

1) La Véritable Histoire de Gérard Jubert :

J’accuse l’article L 630 (et son successeur) d’être un instrument de censure anticonstitutionnel dans la mesure où il bâillonne infailliblement toute tentative d’expression cannabique lorsque cela devient “dérangeant” pour le pouvoir en place. Il contrevient à l’article 28 de la déclaration des droits de l’homme de 1948 car il est écrit de sortes qu’on ne puisse pas le modifier ou le remettre en question. Il censure en outre le discours légitime du rétablissement de la vérité et autorise qu’on puisse exprimer toute les absurdités et exagérations possibles quant au sujet des drogues.

Citons le cas de la revue “L’Éléphant Rose”. Le 03 Mars 1997, la dixième Chambre de la Cour d’Appel de Paris a confirmé la condamnation de Gérard Jubert, le directeur du bimestriel. Comparaissant sous le chef d’inculpation de :"la provocation et/ou la présentation sous un jour favorable” de la consommation de Cannabis.

Il a été condamné à 10 mois de prison avec sursis et 300 000 F d’amende par la 16ème Chambre Correctionnelle du Tribunal de grande Instance de Paris. Cette condamnation a entraîné la fin de la parution du magazine et Gérard Jubert a décidé de se pourvoir en cassation.

Bon nombre de journalistes, revues, hommes politiques et personnalités, ou des associations comme Reporters Sans Frontières dénoncent ce scandale et cette injustice. Ce cas incarne à lui tout seul une grande part des revendications des gens de l’herbe. Regardons les faits.

En 1996, “l’Éléphant Rose” sort son dernier numéro. De bon matin, il parait dans tous les “kiosques” de l’hexagone et un titre accrocheur attire l’œil d’un gendarme qui achetait des journaux pour sa compagnie. “ Gagnez une galette de Marijuana ” affiche la revue. « C’en est trop » ! Le militaire achète tous les exemplaires du magasin. L’après-midi même, la préfecture saisit tous les exemplaires de l’Ile de France et la même sanction s’étend au reste du pays le lendemain et les jours suivants.

Jusqu’à là, pas de quoi “fouetter un chat”, il y la loi ; le Cannabis est interdit et le gendarme en question fait son boulot ; on peut même sous-entendre qu’il a l’œil exercé. Mais alors où est le problème ? J’ai aussi consulté la revue en question et voilà, en fait, de quoi il s’agit :

Une Galette de Marijuana ”, le terme utilisé par la revue, était une traduction française du titre anglais d’un C.D. musical. Car, en informatique, comme en musique, un CD s’appelle une « galette ». Gagner la galette en question signifiait uniquement gagner le disque qui contenait des chansons sur le thème de la marijuana, et non pas un gâteau à l’herbe. Un jeu de mot qui coûta cher à la revue.

Saisi à l’origine pour soupçons de participation à un trafic de Cannabis, le périodique en question se retrouva inculpé de prosélytisme à défaut de pouvoir lui reprocher autre chose. Il fallait bien que la Justice se sorte indemne d’une situation ridicule, et que la morale ainsi que les valeurs républicaines et l’assise de l’autorité de l’État soient sauves.

Ainsi, la main sur le cœur, tous ces fumiers - j’ai bien écris fumiers - l’ont judiciairement "lapidé" ! Un acte purement politique, de la simple censure !

2) Un éléphant Rose assassiné par la Connerie organisée !

Voici un article de «  l’Organe » (http://www.lorgane.com/) repris entre autres ici, dont l’auteur à concocté le dossier suivant. On y regrette l’absence des dates de parutions et des noms de rédacteurs.

« Dans Libé du 2 mai 2005, le dessinateur Wilhem nous apprend (dans sa rubrique "Images") le décès, à 41 ans, de Gérard Jubert. Fondateur de la revue "L’éléphant rose", il avait été condamné, au nom de l’article L630 , à 1 an de prison avec sursis et 300.000 francs d’amende pour "présentation du cannabis sous un jour favorable". Selon Wilhem, cette peine a fortement contribué à sa dégradation de santé.

En son hommage, je retransmets cet entretien, par Old Nick, de l’Organe :

UN ÉLÉPHANT ROSE ASSASSINÉ PAR LA JUSTICE !

Exclusif.

Propos recueillis par Old Nick.

O.N : Comment c’est parti, cette histoire ?

G.J : Dès le numéro 1, j’ai été convoqué à la brigade des stups. Je pensais que c’était normal, vu que le magazine parlait de cannabis, que les flics me fassent venir au quai des Orfèvres. Je pensais que c’était dans le cadre d’une enquête préliminaire, il n’y avait vraiment rien de grave, je ne pensais pas être mis en examen. Là, j’ai rencontré des gens tout à fait désagréables.

Le commissaire qui m’a reçu s’appelait Serge Kalika. Il s’est présenté : "Bonjour, je m’appelle Serge Kalika, mais dans le service on m’appelle Torquemada " (célèbre inquisiteur espagnol !). Je me voyais déjà suspendu dans une cage, bref, il jouait un peu les gros durs !... Puis, le numéro 2 est sorti.

Le jour de la sortie du numéro 3, il y a eu deux gendarmes, dans le Loiret, qui ont saisi un magazine parce qu’en accroche on avait mis un gag drôle : " Facile, une galette de marijuana à gagner ! ". En fait, il s’agissait d’un jeu-concours où tu pouvais gagner un disque, le disque étant la "galette", la "marijuana" en question étant "marijuana in your brain", le dernier single d’un groupe de rock. Les gendarmes, qui devaient avoir plus l’habitude du pastis que du cannabis, ont cru lever un trafic de galettes des rois fourrées au cannabis et ont dit : "allez, on embarque" !

Ils ont envoyé un télex à toutes les gendarmeries pour constater qu’il s’agissait d’une affaire d’ampleur nationale. De fait, il y avait 100.000 exemplaires installés, donc les gendarmes en ont trouvé partout ! Les mecs ont saisi tous les exemplaires qu’ils trouvaient et les ont transmis au procureur de la république dont ils dépendaient.

Une fois sur deux, le proc leur disait qu’il n’y avait rien dedans, et demandait de remettre les exemplaires en place. Résultat, ça nous a valu une campagne de presse dithyrambique à moindre frais, articles dans "Libé", "Le Nouvel Obs", etc, on s’est juste fait voler 500 exemplaires par les gendarmes.

Quand le numéro 4 est sorti, j’ai été à nouveau convoqué au Quai pour m’expliquer sur les numéros 2 et 3. Là, ils m’ont promis qu’on se reverrait en prison, que j’étais foutu, que j’étais un dangereux malfaiteur... O.N : Tu as été accusé de quoi, au juste ?

G.J : J’ai été accusé de " présentation sous un jour favorable, avec provocation à la consommation du cannabis ", qui est l’article L 630 du code de la Santé Publique, qui est un article de loi qui fait exclusion de la loi de 1881 relative à la liberté de la Presse.

ON : Ça veut dire que la liberté de la presse OK, mais interdit de parler du cannabis ?

G.J : La liberté de la presse, elle s’arrête quand tu commences à parler du cannabis en disant que c’est relaxant, que ça donne de l’appétit ou que même ça peut provoquer une ivresse qui peut être agréable pour certaines personnes. Ça c’est interdit, tu n’as pas le droit de le dire.

C’est passible de cinq ans d’emprisonnement et 500.000 francs d’amende. Moi j’ai pris 300.000 francs d’amende et un an de prison avec sursis. C’est la première fois qu’un magazine est condamné sur la base de l’article L 630. Cet article sert essentiellement à faire condamner les dealers. Moi, j’ai été condamné là-dessus sans qu’on me reproche un gramme en consommation ou en trafic, j’ai été condamné juste pour mes idées, à une peine qu’on applique généralement aux dealers. C’est une nouvelle jurisprudence, on inaugure une nouvelle forme de censure, la censure par le pognon.

Après une amende pareille, plus question de continuer le journal. Le magazine n’a d’ailleurs pas été interdit, le ministre de l’intérieur aurait eu toute l’attitude de le faire s’il avait voulu. Faudrait peut-être qu’on arrête l’histoire, qu’on arrête d’enrichir la mafia, qu’on arrête de remplir les caisses de l’état sous couvert d’amendes douanières et saisies et tous genres.

O.N : Tu as été perquisitionné ?

G.J : J’ai eu plus drôle, j’ai eu un cambriolage ! Juste avant la mise en place du numéro 5, on nous a volé uniquement le matériel informatique et les supports magnétiques. Mais pas les fax, ni les discmans flambant neufs, ni les collections de CD qui allaient avec ! Dans le cambriolage j’ai perdu les fichiers d’abonnés, la liste des collaborateurs du magazine, les sommaires prévisionnels, le numéro en cours, bref, un outil de travail et un fichier énormes.

On avait plus de 1000 abonnés, je travaillais avec beaucoup de journalistes, j’avais un carnet d’adresses qui était un petit peu sulfureux. Donc c’est vrai que ça ressemble à un acte de "plomberie" comme la presse en a connu. O.N : Qu’est-ce qui t’a poussé à créer ce magazine, en 1995 ?

G.J : Cela correspondait avec la sortie du rapport Henrion. N’oublions pas que le professeur (de médecine) Henrion était au départ prohibitionniste, et qu’il a changé d’avis en cours de travail. Son rapport avait été complètement passé sous silence, malgré le vote de la commission en faveur de la dépénalisation, malgré toutes les bonnes idées qu’il préconisait. Notons au passage que ce rapport tombe aussi sous le coup de l’article L 630 ! Parce que le rapport Henrion va beaucoup plus loin qu’on ne l’a été dans "L’Éléphant Rose" !

Et puis le journal était aussi l’occasion de développer un sujet sur plusieurs numéros, dans un secteur avec un lectorat potentiel énorme : Henrion venait d’annoncer qu’il y avait 5.000.000 de fumeurs de pet’ en France - chiffre depuis revu à la hausse puisqu’on l’estime maintenant à 7.000.000. C’était assez facile à faire, je savais qu’il y avait cet article du code de la santé mais ça ne m’inquiétait pas plus. Je ne voyais pas à quel titre on allait me poursuivre. Si j’avais fait une grosse connerie, OK, du genre comment se procurer des graines, les adresses des meilleurs dealers, comment rouler plus gros, plus fort, tous les trucs qu’on trouve par ailleurs dans des livres qui sont vendus à la Fnac, genre "L’histoire du cannabis", édité par les Editions du Lézard et d’autres ouvrages qui, eux, vont beaucoup plus loin que ce qu’on faisait, mais non, on n’a jamais fait ça.

O.N : Ce qui est marrant aussi c’est qu’en ce moment la marque OCB sort un papier à rouler "long" ! OCB, c’est le groupe Bolloré, des copains de Chirac. On se demande pourquoi ils sortent du "papier long" si on n’a pas le droit de se rouler des pétards !

G.J :... Et Rizzla Croix qui sortait du papier au chanvre l’année dernière ! On les a appelés, OCB et Rizzla Croix, pour leur vendre des pages de pub dans "L"Éléphant Rose". Ils nous ont dit qu’ils ne souhaitaient pas associer l’image du cannabis à leur marque ! Ils sont gentils, les mecs : moi j’ai vu des représentants Rizzla Croix distribuer des paquets de Rizzla Croix à la sortie de concerts de reggae, et ça sentait pas la Gauloise !

O.N : C’est une hypocrisie bien française...

C.J : C’est une hypocrisie soutenue par un cadre législatif extrêmement sévère et répressif qui vient de montrer qu’on pouvait l’appliquer. On nous dit qu’on ne met pas les consommateurs en prison. C’est faux : il y a 800 mecs qui chaque année sont placés en taule pour simple consommation. Quantité négligeable ? Quand ça te tombe dessus c’est très, très désagréable ! Fumer un pet’ dans la rue, c’est un an de prison ! Élever un plant chez toi, c’est 20 ans de réclusion criminelle et 50 millions de francs d’amende, au même titre que si tu as 50 hectares de coca en Colombie !

O.N : Quels autres pays européens sont aussi répressifs que la France ?

G.J : Le Portugal et le Luxembourg. Tous les autres pays ont accepté d’en discuter, et ont même eu des expériences de dépénalisation.

O.N : Tu es en rapport avec le Mouvement de Légalisation Contrôlée, l’association anti-prohibitionniste de Francis Caballero ?

G.J : Je partage beaucoup des idées du MLC et de Francis, notamment que la dépénalisation n’est pas une fin en soi, que le cannabis n’est pas une drogue innocente, qu’il faut organiser des campagnes de prévention, qu’il ne faut pas fumer avant de prendre le volant, qu’il ne faut pas fumer le matin en se levant si on ne veut pas foutre sa journée en l’air. Cela dit c’est une drogue que je considère comme moins dangereuse que l’alcool. Car contrairement à l’alcool, il n’y a pas de morts avec le cannabis.

O.N : Les fumeurs de cannabis le savent, ça, que c’est moins dangereux que l’alcool. Mais en France l’alcool n’est pas une drogue, ça fait partie de la "culture"...

G.J : Quand le café et le chocolat sont arrivés en France, il y a eu un tollé monstrueux. Quand le chocolat est arrivé, personne n’en voulait, qu’est-ce que c’était que cette horreur ? Le chocolat était censé redonner de la vigueur à monsieur, comme si monsieur avait besoin de vigueur !

O.N : Tu penses que les mentalités vont évoluer, en France ?

G.J : C’est un problème générationnel. Les gens qui sont au pouvoir aujourd’hui ont entre 60 et 75 ans. Il y a trente ans, en 68, ils étaient déjà engagés en politique, ils n’étaient pas sur les barricades. Mais il y a aujourd’hui une génération montante, des gens comme Jean-François Hory et Dominique Voynet qui osent parler de dépénalisation et de légalisation, qui pour certains la mettent à leur programme. Les Verts sont parmi les premiers à nous avoir soutenus à la suite de notre condamnation en appel.

O.N : Ils sont quand même assez discrets sur le sujet... Alors que le cannabis est une plante !

G.J : De toute façon ça devrait être dépénalisé depuis très longtemps, le cannabis ! C’était au programme des socialistes avant 81, faut pas l’oublier ! Ils ont quand même oublié d’en parler pendant quatorze ans.

O.N : C’était dans les 110 propositions de Mitterrand ?

G.J : Oui : "dépénalisation de l’usage des drogues douces". Mais les mecs, quand ils arrivent au pouvoir... Y a quand même un truc étonnant : il n’y a aucun argument fort pour maintenir cette clandestinité. Donc, il y a forcément une autre raison, un trafic d’état, ça ne peut pas être autre chose, il y a forcément des mecs qui s’en mettent plein les poches. La clandestinité c’est quoi, c’est la corruption !

Y a des mecs qui empochent des contrats de ventes d’armes en laissant passer des tonnes de stups, pour ensuite saisir les mecs, les taxer, bref c’est un imbroglio, des magouilles, etc. En tant que petit éditeur, déjà, tu ne peux pas faire grand-chose. Mais face à un gouvernement qui est prêt à se goinfrer sur le trafic clandestin en se protégeant par une législation qui remonte au 11ème siècle, tu ne peux rien faire !

O.N : En fait, ce qui est arrivé à ton journal remet en question la notion de liberté de la presse...

G.J : C’est une nouvelle forme de censure. Quand tu vois que "Le Monde" a été condamné pour avoir dit que Hassan II était un trafiquant de drogue, alors que Chirac offre ouvertement un milliard de francs pour le développement du Rif, qui est la zone de production de cannabis la plus importante au monde... Le gros problème aujourd’hui, c’est la liberté d’expression. Faut arrêter de se foutre de la gueule des gens. Moi, ce que je demandais c’était l’ouverture d’un débat sur la pertinence de la répression.

O.N : Comme ce que demande Caballero...

G.J : Exactement. Sauf que Caballero est avocat, professeur de droit, il sait où mettre une virgule et où il faut retourner un adjectif, et vraisemblablement il a très peu de chance de se faire coincer ! Moi, j’ai fait des enquêtes journalistiques. D’un côté on me reproche d’avoir fait entendre la voix des anti-prohibitionnistes, mais de l’autre côté, les prohibitionnistes convaincus comme Pasqua et Chenière ont toujours refusé de venir s’exprimer dans nos colonnes ! Ernest Chenière, je lui ai offert 4 pages dans le magazine, plus la couverture s’il voulait, il mettait ce qu’il voulait, je ne retouchais pas une virgule ! Qu’il vienne !

O.N : Pourquoi il n’est pas venu, alors ?

G.J : Parce que c’est des pense-molle ! Ce sont des dégonflés justes bons à se battre par l’intermédiaire des tribunaux. Ils n’ont aucun argument sérieux à opposer à la dépénalisation, des drogues douces en tout cas. Ils vont te sortir des arguments « à la naze », dégénérescence du cerveau, etc. Évidemment, si tu fumes 70 pétards par jour pendant 35 ans, tu auras des problèmes. Bref, j’ai essayé d’ouvrir un débat sur la pertinence de la prohibition et aujourd’hui je me retrouve avec un débat sur la pertinence de la liberté d’expression. Dans le pays fondateur des droits de l’homme...

O.N : À part ça, comment tu vas faire pour payer les 300.000 francs ?

G.J : Pour l’instant j’ai lancé un pourvoi en cassation, qui normalement est suspensif, sauf si le Parquet décide de faire exécuter l’appel. Et comme le Parquet a l’air très grave acharné sur notre cas, ça ne m’étonnerait pas de voir débarquer dans les prochains jours un huissier ou un représentant du ministère des impôts pour réclamer le pognon. De toutes façons je ne suis pas solvable, je ne vois pas ce qu’ils vont faire. Je ne vais pas faire un casse pour régler ce problème !

O.N : Tu pourrais partir à l’étranger !

G.J : Mais moi j’aime bien mon pays ! Je veux juste dire que la prohibition n’a jamais résolu aucun problème, il y a qu’à voir aux États-Unis ce qu’a donné la prohibition de l’alcool, c’était Al Capone, jamais les mecs n’ont autant picolé que pendant la prohibition. Alors qu’en Hollande, tu t’aperçois qu’il n’y a pas plus de consommateurs de cannabis ou de drogues dures que proportionnellement en France.

O.N : Quand tu sors cet argument aux prohibitionnistes, ils te disent que les chiffres sont faux ou truqués ! Même sur les chiffres, personne ne peut se mettre d’accord.

G.J : Pour une raison très simple : il est interdit de faire des études sur le cannabis en France. Toutes les études sont menées de manière clandestine. C’est interdit. Très dommage, car il faut connaître pour informer. Moi, les campagnes comme celles que propose Caballero, du style "tu t’es vu quand t’as méfu ?", je trouve ça génial, il faut y aller ! Il faut les prévenir, les gamins. Le cannabis, oui c’est dangereux, c’est désocialisant, ça a des tas d’inconvénients. Maintenant, c’est vrai que ce n’est pas désagréable... D’ailleurs, t’en as pas un peu ?...

O.N : Jamais dans la journée ! ».

Les illustrations ont été empruntées au site de Reporters Sans Frontières, chez Calvacom. Les articles de L’Éléphant Rose incriminés par la justice sont disponibles à la lecture sur ce site. ...

Fin de l’article.

Apparemment, le site dont je relaie ici l’information, a monté un petit dossier sur le cas « Éléphant Rose ». On y trouve aussi ces vieux articles, écrits à une époque où ceux qui ont aujourd’hui 16 ans, poussaient leur premier cri (et qui ne sera pas le dernier, chienne de vie !) comme ceux qui suivent !

3)« Notes d’information du Réseau Voltaire, Année 1998

3 juin 1998

Répondant le 4 mai 1998 à une question écrite de Marie-Hélène Aubert (Verts), le ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, a reconnu que sur 90 000 interpellations effectuées, en 1997, au titre de l’infraction sur la législation des stupéfiants, moins de 900 l’étaient au titre de l’article L.-630 du Code de Santé publique (" provocation à l’usage de stupéfiants, même lorsque cette provocation n’est pas suivie d’effets ").

Jean-Pierre Chevènement s’est efforcé de dénier la réalité et d’ignorer que la loi était appliquée pour réprimer le débat démocratique sur la prohibition des drogues. Cynique, il assure que les tribunaux ne sanctionnent qu’en cas de " caractère incitatif flagrant des faits reprochés " et qu’ils " n’ont jamais poursuivi une personne pour représentation d’un stupéfiant sans incitation notoire ". Et de citer la jurisprudence de la Cour d’appel qui relaxa la société Lanvin dans l’affaire du parfum Opium (7 mai 1979). Et de conclure : " l’absence de poursuites engagées devant les tribunaux en pareils cas [simple évocation du cannabis NdlR.] apporte, par ailleurs, une réponse à l’interrogation manifestée quant à l’application de l’article L.-630 à ceux qui désapprouvent la législation française actuelle en matière de consommation de stupéfiants, sans toutefois faire preuve de prosélytisme à cet égard " (sic).

Or, un mois plus tôt, le 7 avril 1998, la Cour de cassation avait confirmé que la liberté d’expression, proclamée par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, placée en préambule de la Constitution, et garantie par la loi sur la presse du 29 juillet 1881, pouvait être limitée par l’article L. 630 du Code de Santé publique. Aussi la Cour a-t-elle rejeté le pourvoi formé par Gérard Jubert et la société Riot Presse, respectivement directeur de publication et éditeur de L’Éléphant rose.

La Cour ne reproche aucun texte particulier aux prévenus. Elle ne relève aucun message appelant explicitement à produire, vendre ou acheter du cannabis, ou d’une manière générale à transgresser la Loi. Elle ne cherche pas à établir si la publication a créé un préjudice à autrui. Elle se borne à confirmer une condamnation en appel à 10 mois d’emprisonnement avec sursis et 300 000 F d’amende.

Pour la première fois en période de gouvernement républicain, la justice vient de condamner une revue pour sa ligne éditoriale.

Gérard Jubert a indiqué qu’il portait l’affaire devant la Cour européenne des Droits de l’Homme ».

Dans un article web de Libé, on peut lire une déclaration de maître Caballero, avocat du martyr :

«  … L’avocat Francis Caballero, défenseur de Gérard Jubert au cours de l’audience du 10 mai, estime n’avoir « jamais vu en matière de presse des peines aussi lourdes, réclamées sur la base d’une citation aussi squelettique. Rien ne vient préciser les faits reprochés au journal. Nous nous sommes défendus dans le noir ». Interrogé par Libération, l’avocat considère par ailleurs que « les poursuites et les peines réclamées par le parquet, visaient à mettre le journal à mort et non pas à censurer d’éventuels écarts qu’il aurait pu corriger. Tout cela fait partie d’un refus général du débat idéologique sur la place du cannabis dans la société française » ... ».

PS : suite à la condamnation, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a publiée sur son site la déclaration suivante :

4) Une publication condamnée à disparaître :

« La LDH a appris la condamnation infligée à Gérard Jubert au titre de directeur de publication de l’Éléphant rose par la Cour d’appel de Paris. Cette condamnation, notamment en raison de la lourdeur de l’amende, conduit inévitablement à la disparition de cette publication.

La Cour d’appel de Paris et le Parquet considèrent que le débat sur la légalisation du cannabis est interdit dès lors qu’il quitte les sphères officielles. La commission dirigée par le professeur Henrion a envisagé la légalisation du cannabis et cela n’a entraîné aucune poursuite. Qu’un journal pose les mêmes questions que cette commission, il faut le réduire au silence. L’institution judiciaire perd sa crédibilité en cautionnant une telle censure. Curieuse justice que celle qui s’exerce de manière aussi discriminatoire et qui tient aussi peu compte de la liberté d’expression.

Au-delà, il est vain de croire qu’il suffira d’étouffer un périodique pour mettre un terme à ce débat. Celui-ci est trop important pour qu’il se réduise aux errements d’une poursuite judiciaire.

La LDH assure l’Éléphant rose de sa solidarité.

Paris, le 12 mars 1997 ».

5) Version officielle de cette affaire (mise à jour du 23 mars 2015) :

L’Éléphant rose se retire des kiosques. Il s’adressait aux fumeur, de cannabis, il renonce à sortir avant la condamnation par Libération, le 24 juin 1996 à 06:30

Le magazine l’Éléphant Rose ne paraîtra plus. Son dernier numéro est sorti en mai et s’adressait comme les trois premiers « aux jeunes de 18 à 35 ans qui fument ont fumé ou vont fumer du cannabis ». La décision d’arrêter la publication a été prise par son directeur Gérard Jubert, à la suite de sa comparution le 10 mai dernier devant le Parquet de Paris.

Ce jour-là, le procureur de la république, Bernard Pagès, a requis contre Gérard Jubert 18 mois d’emprisonnement et 300.000 francs d’amende pour infraction à l’article L 630 du code de la santé publique. Le directeur de l’Éléphant Rose était accusé par le ministère public d’« incitation à usage » du cannabis et de sa présentation «  sous un jour favorable  ». Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 28 juin. Bien que la sentence ne soit pas encore tombée, Gérard Jubert a pourtant décidé de baisser les bras.

Depuis sa sortie en juin 1995, la revue avait déjà connu quelques ennuis dont une saisie dans certains kiosques du Loiret sur ordre du procureur de la république (Libération du 19/01/96). La « commission paritaire » s’en était aussi mêlée en refusant de renouveler son numéro d’attribution. Cette suppression qui prive par conséquence une publication des avantages économiques liés aux publications de presse (TVA à 2,1%, aide postale), a été justifiée en raison d’un avis défavorable de la commission « quant à l’intérêt général de la publication ».

Pour nombre d’observateurs, les différents épisodes judiciaires ou administratifs ayant conduit à la « citation directe » du directeur de la publication témoignent d’un « raidissement de plus en plus manifeste » des pouvoirs publics sur la question des drogues en général et vis à vis des douces en particulier. Tout au long de son audition par la police, Gérard Jubert s’est défendu d’inciter à l’usage du cannabis dans son journal ou de le présenter sous un jour favorable. Il a également souligné que la consommation de cannabis n’était pas le fait d’une minorité puisque le sondage réalisé par la Sofres en 1992 à la demande de la fondation Chaban-Delmas faisait état de 5 millions de consommateurs plus ou moins réguliers. Ces chiffres avaient d’ailleurs été repris par la commission scientifique Henrion (mise en place en 1995 par Charles Pasqua, ministre de l’intérieur) et qui s’était prononcée à une courte majorité pour une dépénalisation contrôlée du cannabis.

L’avocat Francis Caballero, défenseur de Gérard Jubert au cours de l’audience du 10 mai, estime n’avoir « jamais vu en matière de presse des peines aussi lourdes, réclamées sur la base d’une citation aussi squelettique. Rien ne vient préciser les faits reprochés au journal. Nous nous sommes défendus dans le noir ». Interrogé par Libération, l’avocat considère par ailleurs que « les poursuites et les peines réclamées par le parquet, visaient à mettre le journal à mort et non pas à censurer d’éventuels écarts qu’il aurait pu corriger. Tout cela fait partie d’un refus général du débat idéologique sur la place du cannabis dans la société française ».

BONNET Philippe


Fin du dossier !

Voici, vous connaissez maintenant l’essentiel de ce qui est à retenir du cas de « l’Éléphant Rose ».

Oui, sauf que Gérard Jubert est depuis mort de pauvreté et de désespoir sous l’action de tout un tas d’hystériques jubilants. S’il nous en fallait un - c’est malheureux à dire - Gérard Jubert est devenu Le Martyr français de la cause cannabique  ! Son cas incarne la preuve de la folie psychopathique du pouvoir et sa tyrannie !

Cette injustice ne sera probablement jamais punie. Pourtant elle est définie dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC toutes versions) par l’idée même qui y est exprimée, que nul corps, nulle institution, ne peuvent se servir des moyens étatiques à des fins personnelles. Or, non seulement la Guerre aux Drogues, dans son volet cannabique, ne sert pas aux peuples et leur coûte, mais c’est une Guerre contre les Peuples ! La moindre des choses est donc de garder le souvenir de ceux qui se sont battus et sont « tombés » pour que vous puissiez aujourd’hui, accéder à la Vérité et plus librement vous exprimer !

Gérard Jubert, un petit look D’Artagnan. Sources : Photo gauche, Photo droite.

Peu de photos de lui circulent sur Internet. Pourtant médiatisé et exposé, Jubert semble avoir été un homme discret, insensible à l’orgueil médiatique. Sacrifié au service du combat pour la Vérité, dans une « grande messe judiciaire hystérique », la Justice l’a lourdement condamné sans l’ombre d’une preuve de quelque chose d’illégal à lui reprocher.

Gérard Jubert est mort à l’âge de 41 ans !

Gérard Jubert, tu seras vengé ! La graine que tu as semée est en train de pousser et sera récoltée ! Tu te battais contre la Connerie et pour la Vérité, ce ne fut pas en vain, nous prenons le relais ! Quand je dis : nous, c’est parce que le mouvement chanvre a fini par supplanter la censure et c’est organisé depuis en une multitude de médias qui relayent l’information, touchant des millions de personnes et dénonçant nombre de fausses vérités étatiques. La prohibition vit ses derniers instants, même si elle cherche à survivre en se transformant en dictature, dans une lente agonie ponctuée par quelques soubresauts répressifs.

Note : l’Éléphant Rose n°3 a existé sous deux déclinaisons : une féminine, une masculine.

L’acharnement anticannabis continu sous d’autres formes : dans le site « Price Minister », l’image de la couverture masculine n°3 fut « hackée » par un pirate anticannabis et contenait un virus fort heureusement dans mon cas, bloqué à l’époque par Avast Antivirus (http://www.priceminister.com/offer/... : 04-04-2010). Attention donc à sortir protégé, voire anonyme, si vous cherchez à vous documenter sur le canna !

Note : je n’ai pas réussi à trouver de copies PDF ou autre sur le web, des trois exemplaires de l’Éléphant Rose.

Je lance juste un petit appel : si parmi vous, certains détiennent des numéros de l’Éléphant Rose, peuvent-ils les scanner et les mettre en ligne (ou envoyer les fichiers à chanvre Info), afin que nous puissions tous juger de visu de la pertinence d’une telle condamnation ?

C’est parce qu’il existe un certain nombre de cas d’ordres similaires, que nous avons parfois du mal à nous croire dans le pays de la Liberté d’expression ou tout simplement même, dans une démocratie.

Dites, les flics, vous ne pensiez pas qu’on allait oublier un pote aussi facilement ! Il faudra rendre des comptes un de ces jours ! Cela s’appelle la Justice (la Vraie) !

Jean-Louis Bouvarel

P.-S.

Notes et infos supplémentaires :

Voici l’article L 3421-4 du Code de la Santé Publique qui remplace le L 630 du même code.

Rapport Henrion.

Article : Censures de presse

Dossier : Censures de presse

On en parle : L’Observatoire de la censure

Note : il existe donc un " Éléphant Rose n°5 ", mais il a été volé (dans un disque dur). Si c’est un cambrioleur simple, l’ouvrage est probablement perdu depuis. Mais si c’est la police qui a fait ce job ... on peut avoir une chance de le retrouver un jour ... !

C’est la guerre, les gars ! C’est maintenant qu’il faut agir !