Conférence de l’Union européenne de Dublin sur les drogues : le Conseil de Senlis déclare l’état d’urgence face à une crise sanitaire majeure

2004/05/11 - Communiqué de presse du Conseil de Senlis

A l’issue des deux jours de débat de la Conférence " Stratégie de l’Union européenne contre la drogue : la marche à suivre ", le Conseil de Senlis, le groupe de réflexion international sur la politique des drogues, a déclaré que l’Europe y avait montré la voie en privilégiant une approche pragmatique basée sur la santé publique, la prévention et l’éducation. Le Conseil de Senlis s’inquiète cependant qu’au niveau national, les hommes politiques ne semblent pas réaliser que la politique des drogues est en crise et qu’il faut d’urgence mettre en oeuvre ces politique innovantes.

Cette conférence qui s’est tenue à Dublin les 10 et 11 mai et a réuni plus de 200 délégués des 25 États membres de l’Union avait pour but de définir le cadre commun de la stratégie européenne anti-drogue pour la période 2005-2012.

"La préférence marquée pour les approches de type sanitaire qui a prévalu pendant la conférence est une preuve de plus que l’Europe et ses institutions peuvent être les promoteurs d’un progrès majeur dans le domaine pressant de la politique des drogue" a déclaré Emmanuel Reinert, directeur exécutif du Conseil de Senlis.

L’Europe a développé des dispositifs de santé publiques humains et réalistes à l’égard des injecteurs de drogues qui ont permis de lutter efficacement contre la diffusion du SIDA et des hépatites. Les traitements de substitution, les salles de consommation encadrée et la prescription d’héroïne pratiqués dans certains sont les figures de prou de ces politiques.

Toutefois sur le terrain les hommes politiques semblent en complet décalage avec ses bonnes résolutions européennes pour ne pas avoir pris pleinement conscience de l’échec des approches purement répressives menées depuis 40 ans. Ni la production, ni la consommation de drogues n’ont été enrayées bien au contraire. Mais surtout ces politiques, en ignorant la réalité de la consommation des drogues notamment par les plus jeunes, mettent en danger non seulement les utilisateurs de drogues mais la société toute entière avec les risque de propagation du virus du sida et de l’hépatite et le développement d’une véritable économie parallèle dans les banlieues des grandes villes. "Les récents succès obtenus dans la baisse de la consommation du tabac, où les pouvoirs publics peuvent jouer sur le prix et la disponibilité du produit, devrait servir d’exemple pour le cannabis dont l’augmentation de la consommation est plus que jamais incontrôlable..." a souligné Emmanuel Reinert.

Il est donc temps de déclarer l’état d’urgence en matière de politique des drogues alors même qu’avec l’élargissement, l’Europe doit faire à de nouvelles menaces à ses frontières avec ce qui pourrait devenir la plus forte épidémie de SIDA/VIH que le monde ait connu en Russie, en Biélorussie et en Ukraine et l’explosion de l’offre d’héroïne en provenance d’Afghanistan, le plus grand producteur mondial d’opium.

L’Europe doit impérativement développer et promouvoir son système de réduction des risques dans les régions voisines afin de prévenir un désastre sanitaire.

"La majorité des politiciens européens sont tout simplement inconscient de cette situation de crise" a déclaré le Conseil de Senlis. "Nous pressons les autorités de renforcer la dynamique innovante européenne afin de faire contrepoids à la guerre à la drogue américaine dont la doctrine domine actuellement le débat international et qui influence fortement des pays comme la Russie."

Les élections législatives européennes offrent une opportunité unique pour les hommes politiques de montrer publiquement leur soutien à ces politiques au niveau international.

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