Caudry : des fumeurs de cannabis s’en tirent à bon compte grâce à une faille

Fanny Bricout

Publié le 17/05/2015

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Des prévenus se sont vus en partie relaxer grâce à la brillante plaidoirie d’une de leurs avocates qui a livré au tribunal un véritable cours de science quant à la culture de cannabis et réussi à démontrer qu’il n’y avait aucune preuve de la présence de l’agent actif THC dans la marijuana.

Me Bleux dans l’enceinte de la cour du tribunal de Douai.

Trois prévenus se sont présentés à la barre du tribunal de Cambrai. Le premier, J. B., 19 ans, est accusé de détention et d’usage de cannabis. Le second, K. D., 21 ans, est accusé d’usage et de vente de cannabis. Quant au troisième, C. F., âgé de 30 ans, il est accusé à la fois d’usage, détention et vente de cannabis.

Tout commence lors d’une banale patrouille du PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) à Caudry, en janvier. La patrouille repère deux individus suspects. Un contrôle a lieu. J. B. semble mal à l’aise et s’enfuit. Les gendarmes trouveront 80 g de marijuana dans sa sacoche. Quant à K. D., il a 10 g d’herbe en sa possession.

Les deux jeunes déclarent avoir volé la marijuana au troisième prévenu, C. F.. Ce dernier s’était apparemment vanté de cultiver de l’herbe. Une perquisition est donc organisée chez le jardinier amateur. Là les gendarmes trouveront tout l’attirail nécessaire pour la culture de cannabis ainsi que des plants entreposés dans des serres. Il avoue avoir vendu sa précédente récolte et avoir eu l’intention de garder la dernière pour lui. Manque de chance, il aura été dévalisé avant.

C’est alors que K. D. juge opportun d’intervenir, et sa déclaration fait rire toute la salle tant elle est saugrenue. « De toute façon, je tiens à dire qu’elle était infumable sa beuh ! » Peut-être croyait-il que cela l’aiderait...

Le procureur évoque la morale de l’histoire. « Quand on cultive de l’herbe et qu’on a la langue trop bien pendue, il faut s’attendre à se faire dépouiller par d’autres délinquants ! C’est bien fait pour lui, Même si c’était infumable... », conclut-il, sourire aux lèvres. Il requiert un mois ferme et révocation de son sursis, deux mois ferme pour D. K., et trois mois avec sursis et mise à l’épreuve pour J. B.

Vient le tour de Me Bleux, avocate de K. D., de prendre la parole. Et ô surprise, ce n’est pas un cours de droit mais un cours de jardinage qu’elle délivre magistralement. Elle explique que « pour que la fleur devienne une plante et soit fumable, il faut qu’il y ait pollinisation entre un plan mâle et un femelle. Monsieur s’est improvisé cultivateur, mais le résultat n’était pas à la hauteur de ses ambitions... Or, aucune analyse n’a été pratiquée sur les substances saisies et les scellés ont déjà été détruits. Dès lors, comment prouver qu’il s’agit bien de marijuana ? D’autant plus qu’elle était infumable... Comment donc parler d’usage et de trafic de drogue ? ». Les déclarations des prévenus ne suffisent pas. Elle demande leur relaxe. Pour K. D., au casier déjà bien chargé, une expertise psychiatrique est demandée pour cause de curatelle. Les deux autres sont purement et simplement relaxés, grâce à ce brillant cours de jardinage.

P.-S.

Un détail ne manquera pas d’attirer l’attention des connaisseurs en culture de cannabis. Toutefois une seconde lecture approfondie leur fera comprendre qu’il ne vaut mieux pas relever ce qui leur apparaît être une (petite) erreur !