"Cannabis : la science s’invite dans la campagne" par Le Soleil - La Presse.ca
(Canada) Cette annonce est d’importance : le camp Harper doit être absolument battu aux prochaines élections sous peine d’une recrudescence de la répression de la gente cannabique canadienne. Ces gens sont des cannabinophobes extrémistes. Or, cette annonce met en partie à mal l’argumentation anti-cannabique du leader Harper, de façon non contestable puisque c’est la science qui l’affirme ! Un fabuleux "hasard des calendriers" qui vient apporter de l’eau au moulin au camp adverse (Justin Trudeau du Parti libéral du Canada) qui s’est annoncé en faveur d’une légalisation du cannabis.

Publié le 13 août 2015, info mise en ligne à 12h05
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Cannabis : la science s’invite dans la campagne
(Photo : archives La Presse)
La publication, dit-on, n’a pas été sciemment synchronisée avec la campagne. Mais comme elle tombe tout de suite après les déclarations controversées dans lesquelles le chef conservateur Stephen Harper a réitéré sa position résolument contre la légalisation/décriminalisation de la marijuana, disons que le hasard fait bien les choses.
Un organisme basé à Toronto qui milite pour que les politiques publiques entourant les drogues tiennent davantage compte de la science, l’International Centre for Science in Drug Policy, a publié hier un rapport qui met 13 idées reçues sur la marijuana à l’épreuve des faits et des données. Ses auteurs, menés par l’épidémiologiste Dan Werb (aussi directeur de l’ICSDP), y résument ce que la littérature scientifique pertinente sur ces « mythes ».
Certains d’entre eux, notons-le, s’avèrent de pas être des mythes — notamment l’idée que le pot est beaucoup plus fort de nos jours qu’il y a 30 ans. Mais comme le note ici le magazine MacLean’s, plusieurs des points soulevés par M. Harper ne sont pas soutenus par les évidences scientifiques. Le premier ministre sortant a par exemple déclaré que « je pense que les statistiques provenant d’endroits comme le Colorado (où le cannabis est vendu légalement depuis 2012, ndlr) sont très claires à cet égard, que quand vous vous engagez dans cette voie, la marijuana devient plus facilement accessible pour les enfants, plus de gens développent une dépendance à cette drogue, et les résultats sont négatifs ».
Or selon le document de l’ICSDP, l’idée selon laquelle la légalisation mène à une consommation plus grande et/ou une accessibilité plus facile est peu ou pas appuyée par les données. Les auteurs signalent que depuis 1990, le prix de la mari a diminué (de 25 à 15 $ le gramme aux É-U) et sa force s’est accru, ce qui indique que l’offre a augmenté. Au cours de la même période, lit-on dans le rapport, la proportion de jeunes Américains en dernière année du secondaire estimant que le pot est « très » ou « assez facile à se procurer » est demeuré stable entre 80 et 90 %. En outre, le niveau de consommation aux États-Unis avant la légalisation (autour de 40 %) est plus élevé qu’aux Pays-Bas, où la mari est de facto légalisée depuis longtemps.
En outre, il est très difficile de voir un changement dans les tendances de consommation de la mari dans les pays qui ont libéralisé leurs lois récemment — ils sont plusieurs en Europe, bien que tous ne vont pas jusqu’à la légalisation pure et simple —, comme le montre le graphique ci-contre. Ajoutons que, comme je le notais cette semaine dans ce texte, les données provenant du Colorado indiquent une consommation stable de mari chez les ados entre 2005 et 2013, une période qui se trouve à cheval sur la légalisation (2012), bien que la séquence qui suit le changement est extrêmement courte.
Bref, une petite lecture éclairante sur un sujet électoral…