Cannabis et grossesses, entre alarmisme et réalité !
Par Seshata, le 10 janvier 2013
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Cannabis et grossesse
(Photo) Les femmes enceintes optent souvent pour l’automédication à base de cannabis pour contrôler les nausées.
Les nourrissons des consommatrices jamaïcaines de cannabis font preuve de réflexes surprenants 30 jours après leur naissance. Le gingembre, un nouveau remède à base de plantes, peut aussi augmenter le risque de fausse couche.
La question de savoir s’il est prudent de continuer de consommer du cannabis pendant une grossesse a suscité une grande controverse ces dernières années, alors que les chiffres de la consommation ne cessent de progresser et que l’usage de drogue devient plus acceptable que jamais, tant socialement que médicalement. Le consensus actuel postule qu’une consommation intensive pendant une grossesse peut entraîner une baisse du poids de naissance, et une augmentation possible du risque de pathologies telles que la prééclampsie. Toutefois, la mesure de cette probabilité dépend de la méthode de consommation et de divers autres facteurs.
Une nouvelle étude suggère qu’un lien existe entre le cannabis et les troubles précoces du développement
L’administration de petites quantités à certains stades de la grossesse peut être sans danger, et le choix d’une autre méthode de consommation que la fumée peut réduire le risque de troubles du développement. Cependant, une étude récente démontre que, pendant les phases précoces de la grossesse, même une infime variation des niveaux d’endocannabinoïdes peut affecter le développement embryonnaire. Les chercheurs ont découvert qu’inhiber ou stimuler les endocannabinoïdes THC et l’anandamide chez des souris enceintes altérait le taux de formation et de migration des cellules placentaires (en particulier les trophoblastes) vers la paroi de l’utérus.
Bien que ces résultats n’aient pas été confirmés chez l’humain, la similarité entre la fonction du système endocannabinoïde chez la souris et chez les humains a amené les chercheurs à conclure que « l’exposition aux produits issus du cannabis peut avoir un effet néfaste sur le développement embryonnaire précoce, que l’on retrouve ensuite au cours de la grossesse ».
En circonstances normales, les trophoblastes prolifèrent dans l’endomètre pour former le placenta, permettant à l’embryon de recevoir les nutriments dont il a besoin pour survivre. La réduction du taux de migration des trophoblastes peut provoquer des irrégularités de l’implantation fœtale, ce qui peut augmenter le risque de fausse couche et de troubles ultérieurs du développement. Un dysfonctionnement précoce des trophoblastes a également été identifié dans des fausses couches tardives (jusqu’à 20 semaines), ce qui implique une réduction de l’activité placentaire et de la croissance fœtale avant d’aboutir finalement à la mort fœtale. Toutefois, des recherches complémentaires sont nécessaires avant de tirer des conclusions définitives sur la relation entre les niveaux d’endocannabinoïdes et le dysfonctionnement des trophoblastes.
Utilisation du cannabis au début de la grossesse et dysfonctionnement ultérieur du cerveau au cours de la vie
Les chercheurs ont également postulé que, puisque le système endocannabinoïde est si étroitement lié à l’activité neuronale dans le système nerveux central, l’utilisation de cannabis en début de grossesse peut avoir un effet sur le développement initial du cerveau. Pareillement, d’autres études ont démontré l’existence d’un lien entre l’utilisation maternelle de cannabis et la probabilité de l’émergence de psychoses à l’adolescence. En particulier, on considère que le THC, qui peut passer la barrière placentaire pour affecter directement le fœtus en développement, influence le développement des capacités cognitives.
Toutefois, une étude de l’université de médecine de Christchurch (Nouvelle-Zélande) a démontré que, bien que l’utilisation de cannabis soit associée à une baisse détectable du poids de naissance, cette réduction atteint en moyenne 90 grammes (considérée comme négligeable statistiquement), et qu’il n’existe aucun lien avec les fausses couches ou l’admission des nourrissons pour des soins postnatals spéciaux. Une autre étude menée à Boston a démontré une réduction des taux de naissance et une augmentation du risque d’accouchement prématuré chez les femmes de race blanche, alors que le risque chez les femmes d’autres races n’était pas supérieur à celui déjà associé à l’origine ethnique.
Effet de la culture, de l’origine ethnique et du milieu socio-économique
(Photo) Les nourrissons des consommatrices jamaïcaines de cannabis font preuve de réflexes surprenants 30 jours après leur naissance
Une étude fréquemment citée, « Effects of Marijuana Use during Pregnancy on Newborn Cry » (Effets de l’utilisation de marijuana pendant la grossesse sur les pleurs du nouveau-né) (Dreher et al, 1989), a démontré que les nourrissons de mères jamaïcaines fumant du cannabis avaient des pleurs plus courts, plus dysphoniques (rauques) et plus graves. Ces caractéristiques acoustiques sont censées se manifester couramment chez les nourrissons exposés à un risque périnatal, et qui présentent souvent par la suite des troubles du développement. Il est intéressant de noter que cet effet s’est limité aux mères fumant du cannabis ; celles qui ont ingéré du thé au cannabis ont mis au monde une progéniture avec des pleurs conformes à la norme acoustique.
Dreher a entrepris de documenter le développement de 56 enfants jamaïcains, de la gestation à l’âge de 5 ans, dont la moitié de mère consommatrice de cannabis à des fréquences diverses pendant la grossesse. Aucune différence perceptible n’a été mise en évidence au niveau du poids de naissance entre les différents groupes. Lors de l’évaluation des nourrissons conformément à l’échelle d’évaluation du comportement néonatal de Brazelton (Brazelton Neonatal Behavioral Assessment Scale – NBAS), aucune différence n’a été constatée initialement, mais après 30 jours la progéniture des consommatrices de cannabis (tant par fumée que par ingestion de thé de cannabis) affichait des résultats significativement plus élevés lors de l’évaluation des réflexes et de la stabilité autonome (capacité à réguler le système nerveux autonome). Les enfants de mère consommatrice étaient moins irritables et plus sociables ; les mères elles-mêmes ont fait état d’un apaisement du stress et des nausées pendant la grossesse.
L’acceptation sociale du cannabis réduit-elle le risque de problèmes du développement ?
Toutefois, dans cet échantillon, les mères consommatrices de cannabis étaient souvent plus indépendantes économiquement, et profitaient plus fréquemment des avantages des réseaux sociaux de proches ou élargis. Ce phénomène culturel est bien établi en Jamaïque, où la fumée « mondaine » est perçue comme un moyen de renforcer les relations ; par ailleurs, les conditions de logement de type communautaire sont relativement courantes parmi les divers groupes spirituels existant dans le pays. En fait, plus la consommation de cannabis est intensive, plus le niveau d’indépendance et d’intégration sociale de la femme est élevé. La richesse de cet environnement peut expliquer en partie le meilleur développement de la descendance des femmes consommatrices de cannabis.
Inversement, dans les pays où le cannabis demeure illégal et socialement inacceptable, les consommateurs sont assimilés à un niveau d’étude inférieur, un revenu inférieur, une dépendance accrue à l’aide sociale et un niveau de satisfaction individuelle globalement inférieur. La polytoxicomanie est également prévalente dans les pays où le cannabis est illégal par rapport aux pays où son utilisation est tolérée et acceptée. Par ailleurs, dans le cadre de l’étude jamaïcaine, le niveau de consommation jugé « élevé » était la consommation quotidienne, comparée à la consommation « occasionnelle » ou « au moins 2 à 3 fois par mois » pour l’étude de Boston. Pour évaluer précisément la relation entre les problèmes de grossesse, l’origine ethnique et les comportements culturels vis-à-vis du cannabis, d’autres recherches transnationales doivent être menées, en accordant une attention particulière à l’effet de la régularité et de la fréquence de la consommation.
Le cannabis comparé à d’autres médicaments à base de plantes
Bien qu’il puisse être judicieux d’éviter de consommer du cannabis lorsque l’on souhaite procréer, puisque (pareillement à l’alcool) même de faibles quantités au cours des premiers jours peuvent interrompre la croissance fœtale initiale, de nombreuses femmes choisissent le thé de cannabis comme antiémétique relativement sûr et sans effets secondaires en cas de nausées prolongées. Aux États-Unis, aucun produit pharmaceutique n’est homologué pour les nausées matinales, ceci en partie à cause de la panique provoquée par le Thalidomide dans les années 1960, et il en existe très peu ailleurs. Selon de nombreux fervents défenseurs, l’herbe de cannabis consommée en infusion est tout simplement un produit de la pharmacopée naturopathique utilisé depuis des siècles dans le monde entier.
Des études sur l’innocuité et l’efficacité des antiémétiques non médicamenteux courants utilisés pendant la grossesse ont été menées. Bien que celles menées sur le gingembre confirment l’existence d’un effet antiémétique supérieur au placébo, elles suggèrent également une nette augmentation des fausses couches précoces chez les rats. La menthe poivrée, autre remède antinausées largement utilisé, peut également stimuler les saignements et augmenter le risque de fausse couche ; le ginseng peut provoquer une surproduction d’hormones et même une maturation sexuelle précoce chez les nouveau-nés. Bien que l’on s’accorde sur l’importance négligeable de ces incidences eu égard à leur rareté, la prudence est de rigueur dans une démarche d’automédication à l’aide de ces remèdes à base de plantes.
Inutile d’ajouter que des milliers de femmes ont utilisé ces remèdes depuis des milliers d’années, avec un préjudice sur la santé en général très peu discernable. Comme pour toute médication, il est essentiel de prendre conseil auprès d’un professionnel de santé avant de commencer un traitement. Toutefois, il est probable que le cannabis soit en fait plus sûr que plusieurs de ces remèdes à base de plantes, et également que bon nombre des traitements antinausées actuellement disponibles dans le monde entier.
À mesure que des recherches complémentaires sont entreprises sur les interactions précises entre les cannabinoïdes individuels et la manière dont ils affectent le développement fœtal, ce qui peut être qualifié de consommation « sûre » et « risquée » devient de plus en plus clair. Cela peut dépendre de nombreux facteurs, y compris le type de cannabis consommé et le ratio de cannabinoïdes contenus, la méthode de consommation, et même l’environnement socio-économique et l’origine ethnique de la mère.
P.-S.
Comme le souligne Seshata, le cannabis n’est pas la seule plante dont la consommation est à déconseiller à des femmes enceintes ! La grossesse est un moment particulièrement fragile ou il convient d’éviter nombre de substances et d’abus (graisses, sucres, etc ...) et même des médicaments assez ordinaires.
Qui est Seshata ?
Le prénom (ou pseudo ?) provient certainement de nom Seshat (http://fr.wikipedia.org/wiki/Seshat), une déesse égyptienne de la très vielle Egypte antique qui voyait son crâne ornée d’une curieuse étoile :
Mais en dehors de ce symbolisme évident, un clin d’œil, elle ne souhaite certainement pas vous convertir à un culte !
En dehors de la photo en noir et blanc publiée chez Sensi, il n’en existe pas beaucoup d’autres sur le web, et pourtant j’ai cherché ! La jeune femme semble être très discrète. En voici une :
(photo) Les "machos de base" seront ici obligés de reconnaitre que beauté et intelligence ne sont donc pas incompatibles !
Comme nous avons peu de renseignement sur cette écrivain, nous sommes donc obligés de la découvrir à travers son travail ! Ce que j’ai fais ! Et waouh ! Quelle belle personne (je parle de la personne intérieure) !
Vous trouverez ses dossiers - articles à la page http://sensiseeds.com/fr/blog/autho.... Force est de constater qu’elle traite de sujets exotiques que peu de gens se soucient et qu’elle le fait de façon très documentée, avec sérieux et bio !