"Cannabis et catastrophe : l’Académie de pharmacie déclare la guerre à la Fédération Française d’Addictologie" par Jean-Yve Nau
Publié le 09 mai 2016 par Jean Yves Nau
https://jeanyvesnau.com/2016/05/09/...
Cannabis et catastrophe : l’Académie de pharmacie déclare la guerre à la Fédération Française d’Addictologie
Bonjour
C’est un communiqué qui ruinera bien des espérances. Son titre et ses majuscules disent tout d’une radicalisation qui ne dit pas son nom : « Dépénalisation du cannabis : l’Académie dit NON, preuves à l’appui ! ». Tout d’une incompréhension manifeste à la politique de réduction des risques et des dommages (RdRD). Tout d’une utilisation à façon de la littérature scientifique. Tout d’une incapacité à engager le combat au grand jour, argument contre argument. Dès lors on ne nomme pas l’adversaire, on le montre du doigt pour qui comprendra :
« Alors que certaines voix en France s’expriment publiquement pour une légalisation de l’usage du cannabis, l’Académie nationale de Pharmacie réitère son opposition à un tel projet. Une légalisation serait un très mauvais message adressé à la jeunesse de notre pays, et ses conséquences seraient catastrophiques en terme (sic) de santé publique, spécialement dans notre pays caractérisé par une consommation record en Europe. »
Manque de courage
Certaines voix ? Lesquelles ? Ce communiqué gagnerait peu-être à dire qu’il s’agit de la Fédération Française d’Addictologie (FFA) et du rapport officiel qu’elle vient de rendre public. Un rapport dont la première prise de position était la suivante :
« Le développement de la RdRD passe par la dépénalisation de l’usage et donc par la révision de la loi de 1970 qui est en conflit avec la loi de santé publique de 2016. La dépénalisation de l’usage doit s’accompagner d’une réflexion sur la régulation des marchés des produits licites et illicites et sur les mesures à mettre en œuvre. »
Et qui ajoutait :
« Les professionnels du soin et de la santé (médecins généralistes et hospitaliers, pharmaciens, psychologues, infirmiers, sages-femmes, travailleurs sociaux, etc.) doivent intégrer la philosophie de la RdRD dans l’ensemble de leurs pratiques(…) ».
Colère rentrée
Est-ce le fait que les pharmaciens soient cités de la sorte qui a fâché l’Académie nationale de pharmacie ? Toujours est-il que sont dernier communiqué a tout d’une colère à peine rentrée. Morceaux choisis :
« En France, entre 1993 et 2014, la concentration moyenne de son principe actif, le tétrahydrocannabinol (THC), a considérablement augmenté (multipliée par 5) pour atteindre 20 % dans la résine de cannabis et 13 % dans l’herbe. Certains font de cette augmentation des teneurs un argument pour la dépénalisation mettant en avant qu’elle sera contrôlée dans les produits vendus légalement. Il n’en est rien puisque dans les pays qui l’ont adoptée, il est constaté une expansion de l’auto-culture qui n’est jamais contrôlée. »
« Le cannabis est de plus en plus accidentogène sur les routes de France du fait de ses effets sur les fonctions cognitives et motrices (baisse de la vigilance et des réflexes, modifications de la perception du temps et des distances, rétrécissement du champ visuel, disparition des inhibitions et indifférence vis-à-vis de l’environnement, perturbations de la mémoire immédiate). »
« Le cannabis diminue la libido et la fertilité masculine. En effet, le THC se concentre dans les testicules et réduit la sécrétion de testostérone. Il est à l’origine d’une variété agressive de cancer du testicule. »
Noirceurs et douceurs
- L’Académie de pharmacie brosse d’autre part un tableau d’une particulière noirceur de la réalité des pays ayant légalisé l’usage du cannabis. Une catastrophe :
- banalisation du produit et augmentation du nombre de nouveaux usagers (aux États-Unis,
- la prévalence d’usage est plus importante dans les Etats ayant légalisé que dans les autres) ;
- augmentation du nombre de personnes dépendantes ;
- accès plus facile à des variétés nouvelles et plus concentrées en principe actif (THC) ;
- augmentation du risque de passage à d’autres drogues dures ;
- explosion de l’autoculture et développement de nouveaux modes de consommation ;
- augmentation du nombre d’hospitalisations pour intoxications aiguës et chroniques ;
- augmentation du nombre de cas d’ingestion accidentelle par des enfants ;
- augmentation du nombre d’accidents de la route liés au cannabis.
Conclure ? L’Académie le fait ainsi :
« La preuve est désormais établie que l’on meurt du cannabis, ce n’est donc pas une drogue douce ». Le pire ? Ce serait de légaliser le cannabis, fléau destructeur. Surtout à l’heure où « l’on mène campagne contre le tabagisme ». Peut-être serait-il, sinon malvenu du moins cruel, de demander à l’Académie nationale de pharmacie de fournir le détail (et le bilan) de son action contre le tabagisme (et pour la cigarette électronique).
A demain
P.-S.
Je serai plus méchant que monsieur Nau. Lui, il met au grand jour – non sans moquerie – la pensée de ces pharmaciens gérontes, moi je la décortique, je n’analyse, je la compare et la dénonce … Par exemple :
« Légère augmentation du nombre d’accidents au Colorado » ... mais pas des décédés ... (accident moins graves car vitesse plus lente) ! C’est ce genre de détail que l’académie de vieux croutons occulte et c’est ainsi qu’elle arrive encore à rouler quelques personnes dans la farine ... !
Autre exemple : « augmentation du nombre d’hospitalisations pour intoxications aiguës et chroniques » ! C’est un problème d’éducation et de prévention : dans les états qui viennent de légaliser, certaines personnes novices essayent une consommation bien souvent trop concentrée en THC pour une première fois. Ils le payent par un bon vieux "bad trip", une sensation de malaise mêlée à des angoisses qui généralement, pousse les proches à les emmener à l’Hôpital !
Alors que cela n’a pas lieu d’être : personne n’est jamais mort d’un bad-trip ou d’une conso de cannabis, même si à un moment donné de sa triste expérience, il en a eu l’impression ! Il faut attendre que cela passe et cela a généralement pour effet d’apprendre à modérer sa consommation (ou de ne plus jamais en consommer).
Bref, dans l’avenir, le nombre d’hospitalisation pour bad-trip va baisser (chute libre) : en principe, on ne se fait couillonner qu’une fois dans son existence, sinon, on est sot ... ! Peut-on, dans ce cas, parler d’exagération extrême, de dramatisation excessive, de la part de L’Académie des sucreurs de fraises ?
Et pour finir, le magnifique et superbe : « La preuve est désormais établie que l’on meurt du cannabis, ce n’est donc pas une drogue douce ». Que répondre à cela ? Eh bien : « La preuve est désormais établie que l’on meurt aussi de Connerie ! Hâtez-vous un peu, messieurs les éminents pharmacologues, qu’on en finisse ! ». C’est dit pour le plus grand bien de la Nation !
JLB