Canada : d’après certains scientifiques et politiciens, les vertus médicales du pot seraient encore loin d’être démontrées.

Les patients bénéficiaires de ce traitement seraient alors des cobayes !

Au Canada, la guerre contre le cannabis est une terrible réalité sur le terrain où les consommateurs-producteurs, thérapeutiques ou non, subissent les affres d’une oppression devenue permanente. Mais au niveau des spécialistes du secteur médical, c’est une guerre des mots et des idées. L’idée développée à l’encontre le Santé Canada qui veut voir le développement du cannabis médical serait que l’on peut difficilement prescrire un médicament dont on ne connait pas encore tous les effets ! Et sans vouloir verser de l’huile sur le feu, l’argument est béton, enfin si on en juge les précautions et la batterie d’expériences menées sur tous les autres médicaments (5 ans d’attente en moyenne avant une AMM (Autorisation de mise sur le marché). Pourtant cela fait 75 ans aux USA, plus de 91 ans pour le Canada et plus de 44 ans en France, que la plante est prohibée et interdite d’expérimentation (problème réglé au Canada mais pas dans les deux autres pays) et les potentiels usagers, dont la plupart souffrent beaucoup et dont certains vont mourir rapidement, n’en peuvent plus d’attendre !


Par Jean-François Cliche, le mercredi 12 novembre 2014

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Cannabis : un peu d’eau au moulin du Dr Barrette

Sans le vouloir, le dernier numéro des Proceedings of the National Academy of Sciences amène un peu d’eau au moulin du Dr Gaétan Barrette, qui a qualifié de « charlatanisme » le nouveau règlement de Santé Canada sur le « pot » thérapeutique. L’ouverture d’une première clinique de cannabis médical à Montréal cette semaine est « prématurée » parce que, dit le ministre de la Santé, les effets thérapeutiques (s’ils existent), palliatifs et secondaires de la marijuana sont encore trop mal connus pour que les médecins puissent en prescrire de manière éclairée.

Or dans un article publié lundi dans le dernier numéro des PNAS, une équipe américaine dirigée par Francesca Filbey, de l’Université du Texas, expose ce qui semble être la preuve la plus solide jusqu’à présent d’un effet possible de la mari sur les structures du cerveau. S’appuyant sur un échantillon de 110 personnes, soit 48 habitués du cannabis et 68 « non consommateurs », l’étude a trouvé un lien clair entre le fait de fumer du pot régulièrement et longtemps (en moyenne 3 fois par jour depuis au moins 6 mois) et la taille d’une partie du cerveau, le cortex orbitofrontal (COF). Celui-ci joue un rôle, croit-on, dans le circuit de la récompense, l’apprentissage et la prise de décision, et est significativement plus petit chez les gros consommateurs.

Cependant, peut-être pour compenser leur sous-développement, les deux parties du cortex orbitofrontal des « poteux » se sont avérées nettement plus interconnectées que celles du groupe contrôle.

Il est bien possible, concèdent les auteurs, que le sens de cette relation soit l’inverse de ce que l’on serait spontanément porté à croire : au lieu d’être la marijuana qui réduit la taille du COF, ce peut être la taille initialement réduite du COF qui mène à l’abus de cannabis. Il s’agit en effet d’une région du cerveau très riche en récepteurs sur lesquels agit cette drogue, et une étude prospective a déjà trouvé que la taille du COF à 12 ans est un prédicteur de l’usage de mari à 16 ans.

Mais cela montre quand même qu’il reste pas mal de choses à éclaircir avant de s’avancer dans cette avenue. L’étude de Mme Filbey a en outre trouvé que le QI des consommateurs était légèrement, mais significativement moindre (111 contre 106) que la moyenne du groupe contrôle, et ce n’est pas la première étude qui arrive à ce genre de résultat. Un autre article savant paru l’an dernier suggère que l’usage peut avoir des conséquences permanentes dans le cerveau, en particulier chez ceux qui commencent à fumer dès l’adolescence. Notons que l’étude de cette semaine a trouvé que le lien entre le pot et la taille du COF est plus fort chez ceux qui commencent à fumer à l’adolescence, mais l’association ne semble pas se limiter aux « fumeurs hâtifs ».

Remarquez, cela ne signifie pas nécessairement que l’ouverture de la clinique Santé cannabis soit une mauvaise chose. Le Collège des médecins n’interdit pas à ses membres de prescrire de la mari, mais leur demande de le faire uniquement dans le cadre de projets de recherche. L’ouverture de cette clinique pourrait donc contribuer à combler les trous dans nos connaissances. Et puis, disons-le, si c’est la seule chose qui soulage certaines personnes, je ne vois pas du tout pourquoi il faudrait les forcer à vivre avec la douleur.

Mais cette nouvelle étude, ainsi que les précédentes, montrent aussi à quel point cette clinique se trouve dans une sorte de zone grise, et à quel point Santé Canada a pelleté le problème dans la cour des médecins, qui ont maintenant la responsabilité de prescrire (ou de refuser de le faire) de la mari à leurs patients qui en demandent alors qu’il est clair que la science est encore insuffisante pour établir une posologie. Et c’est sans compter le fait qu’à part pour la douleur chronique et la sclérose multiple, pour lesquelles on a d’assez bonnes preuves d’efficacité, les vertus médicales du pot sont encore loin d’être démontrées.