Belgique : encore une culture géante !
Source : lavenir, par Pierre-Laurent CUVELIER, publié le mercredi 15 octobre 2014
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ESTAIMBOURG : une ferme refuge d’une culture géante
Plus de deux milles plants de cannabis avaient été mis au jour dans cette ferme de la rue des Tanneurs. EdA
En proie à de grosses dettes de jeux, un Néerlandais de 54 ans s’était livré à une impressionnante culture de cannabis.
Quelque 2292 plants de cannabis cultivés avec soin entre les murs d’une ferme en carré de la rue des Tanneurs, c’est ce que l’on peut appeler une belle prise. Même s’ils avaient de fortes suspicions sur la tenue d’activités de ce type, les enquêteurs de la police judiciaire fédérale et de la zone de police du Val de l’Escaut n’imaginaient sans doute pas tomber face à pareille installation professionnelle, le 9 avril dernier.
Un système de filtre à charbon, une structure en bois pour soutenir l’éclairage de même qu’un contrôle de l’hygrométrie, l’attirail des moyens mis en œuvre a de quoi impressionner. « À l’intérieur de cette ferme très bien isolée où l’on a découvert 16 kg de cannabis conditionnés, nous retrouvons, et c’est assez particulier, tout le cheminement de maturation des plants. Entre la zone de nurserie, de bouturage et les parties destinées aux plantations, aux déchets de culture et au séchage, la structure mise sur pied était en tout point professionnelle », explique Frédéric Bariseau, le représentant du ministère public.
La période infractionnelle s’étend du 1er avril 2013 au 10 avril 2014. Le gérant de l’exploitation, un Néerlandais de 54 ans pourtant sans histoire, a indiqué avoir mis le doigt dans un engrenage infernal. « J’avais de grosses dettes de jeux (60 000€) à rembourser à des personnes d’origine russe, qui m’ont incité à me lancer dans cette culture. C’est ainsi que je suis arrivé en Belgique après avoir signé un contrat de location d’une durée de trois ans », a précisé Ruben (prénom d’emprunt), qui risque cinq ans de prison ferme.
Un actif illégal faramineux
Trois autres prévenus issus des Pays-Bas, dont le fils du gérant présumé, étaient aussi poursuivis par le parquet, qui visait dans ses réquisitions la participation à une association. Le ministère public pointait notamment leur implication dans la réalisation de travaux d’agrandissement destinés à accroître la culture de cannabis.
Tous trois ont cependant affirmé d’une seule voix qu’ils ignoraient initialement l’existence de cette exploitation, dont ils ont eu connaissance quelques jours seulement avant la descente de police. « Mon rôle se limitait à exécuter des tâches ménagères et je n’ai donc en rien été actif dans cette culture », clamait le fils du principal instigateur.
Une peine d’un an de prison a été réclamée à son encontre ainsi qu’à l’égard de ceux qui étaient chargés d’effectuer des travaux dans le bâtiment. Outre un détournement d’électricité au préjudice d’ORES, évalué à 55 000€, les avantages patrimoniaux tirés de ce trafic étaient juteux : un calcul fait état d’un montant astronomique évalué à 480 384€ !
Me Herpoel, le conseil de Ruben, a insisté sur le fait que son client n’était que le maillon d’une chaîne et qu’il ne fallait pas voir en lui un dirigeant né.
« Monsieur, qui n’a pas le profil d’un délinquant, est tombé dans l’enfer des jeux et s’est vu proposer de louer cette ferme dans laquelle il n’a rien aménagé. Il agissait plutôt comme un fermier chargé de surveiller les plants », affirme l’avocat, qui a sollicité un sursis.
Ses confrères, Me Winberg et Me De Beco, estiment quant à eux qu’aucune charge ne peut être retenue contre leurs clients, d’où la demande d’acquittement. « Le fils de Ruben, qui suit des études en économie internationale, était venu rendre visite à son papa pendant sa semaine de congé. Il n’a pas du tout participé à la gestion de la culture », a souligné Me Winberg. Le jugement sera rendu le 28 octobre.