Afghanistan : La nouvelle fatwa contre les stupéfiants devrait inquiéter toutes les parties concernées

2004/08/13 - L.I.A.

New York - Dans un communiqué de presse officiel publié le 8 août dernier, Mohammad Reza Amirkhizi, Représentant de l’Afghanistan au Bureau des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime (UNODC), s’est réjoui de la publication d’un décret religieux condamnant les stupéfiants et les activités qui y sont liées. La fatwa signée par le Conseil des Oulémas Afghans début août est selon M. Reza Amirkhizi un "message clair qui indique que la culture du pavot - même s’il n’est pas consommé par les musulmans ou s’il est cultivé pour cause de pauvreté - est illégale". Ce décret religieux souligne apparemment pour le gouvernement et le peuple Afghan que la culture, la transformation, le trafic et la consommation de drogues doivent être réprimés.

Marco Perduca, Directeur Exécutif de la Ligue Internationale Antiprohibitionniste, déclare : Selon www.wikipedia.org, une "Fatwa" (en Arabe : فتوى), pluriel ’fataawa’, est une déclaration légale dans l’Islam, émise par un spécialiste de la loi religieuse sur un problème spécifique. Généralement, une fatwa est émise à la demande d’un individu ou d’un juge pour régler une question où le "fiqh", la jurisprudence islamique, est obscure. Un érudit capable d’émettre des fataawa est connu sous le nom de Mufti.

Il est difficile de comprendre comment le United Nations Office on Drugs and Crime peut considérer un Mufti tout comme un prêtre, comme étant un spécialiste du problème du "contrôle des drogues" ; de plus, le fait qu’ il existe toujours de profondes influences entre la religion et la politique dans un pays où un groupe de fondamentalistes religieux, connus sous le nom de Talibans, a détruit la dignité humaine et ses développements civils au nom d’une interprétation perverse du Coran, devrait être perçu comme un signe inquiétant de manque de progrès démocratique.

Un processus de reconstruction sérieux et souhaité de l’Afghanistan aurait du être également particulièrement attentif à des problèmes sensibles tels que le développement de moyens pour séparer les affaires politiques et religieuses, en trouvant l’équilibre des pouvoirs pour pleinement les légitimer dans leurs propres sphères d’activité, tout en les gardant séparés et responsables dans leurs propres droits.

Que l’ONU fasse l’éloge d’une fatwa qui déclare la guerre sainte contre les drogues dans un pays toujours en train de combattre la guérilla et les groupes terroristes est une décision inquiétante et peu judicieuse, particulièrement à un moment où des Afghans intimidés se battent pour s’inscrire pour voter lors des premières élections libres.

La déclaration de M. Reza Amirkhizi arrive à la fin de son office, il ne reste qu’à espérer que Doris Buddenburg, sa remplaçante, pondèrera plus ses déclarations publiques concernant les décrets religieux et les recommandations en matière de politique du "contrôle des drogues".

Source :
e-Newsletter sur la campagne mondiale pour la réforme des Conventions de l’ONU sur les drogues
#.34 - ANNEE II - 18 août 2004