"A Saint-Ouen, la lutte contre le deal dans les quartiers" par le Parisien

Par NATHALIE PERRIER, publié le 20 Févr. 2016 à 05h54 | MAJ le 20 Févr. 2016 à 05h53

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A Saint-Ouen, la lutte contre le deal dans les quartiers

Chaque jour, entre 800 et 1 000 personnes viennent dans cette commune de Seine-Saint-Denis pour s’approvisionner en résine ou en herbe de cannabis. Mais la police et les douanes veillent plus que jamais...

Jeudi, les policiers ont mené une opération de contrôle, conjointement avec les douanes, et arrêté 15 consommateurs de cannabis. (LP/N.P.)

« Le quartier des Boute, ça mord trop facilement ! », plaisante le policier assis à l’arrière de la voiture banalisée. Effectivement, après seulement quelques minutes de patrouille dans Saint-Ouen (Seine- Saint-Denis), l’équipage repère un jeune homme qui sort de cette cité située au cœur du marché aux puces, à deux pas du périphérique parisien.

A leur vue, il tente de jeter son joint, avant d’avouer, penaud : «  Vous m’avez vu…  » Dans ses poches, les policiers découvrent un sachet de résine de cannabis qu’il vient d’acheter.

Comme cet animateur de Choisyle- Roi (Val-de- Marne), chaque jour , 800 à 1000 consommateurs de cannabis, originaires de toute l’Ile-de- France, viennent à Saint-Ouen s’approvisionner en résine ou herbe de cannabis. Ce fléau empoisonne depuis des années la vie des habitants, au point que pas moins de huit quartiers de la ville sont ainsi classés en zone de sécurité prioritaire (ZSP), avec comme objectif principal la lutte contre le trafic de stupéfiants.

Malgré ces efforts, l’an dernier, une fusillade a éclaté au cœur de la cité Cordon. Trois consommateurs ont été blessés. L’événement a conduit le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à renforcer les opérations douanes-police contre les consommateurs.

La dernière en date s’est tenue jeudi après-midi, dans l’un de ces lieux de rendez-vous entre dealeurs et acheteurs… Ce jour-là, pas moins d’une vingtaine de policiers ont traqué, à pied ou en voiture, les consommateurs de marijuana.

« On les repère, on les contrôle, on les fouille, et s’ils sont en possession de cannabis, on les interpelle », explique la commissaire de Saint-Ouen, Anouck Fourmigué. Pris la main dans le sac, les consommateurs ont alors deux choix. C’est ce qu’elle explique à Matthieu, 30 ans, cuisinier de profession, interpellé à la sortie de la cité Charles-Schmidt, un autre haut lieu du deal : « Soit on vous place en garde à vue et, pour rappel, la détention de cannabis est passible d’un an de prison. Soit vous acceptez la transaction pénale et vous payez une amende dont le montant est fixé par les douanes. »

Après avoir tenté de nier que le sachet d’herbe retrouvé à ses pieds lui appartenait («  Monsieur, ironise la commissaire, je sais bien que le cannabis pousse partout à Saint- Ouen, mais, là, sur le goudron… »), Matthieu accepte la transaction pénale. Il est alors immédiatement ramené au commissariat... où il va devoir patienter. Car il y a la queue ! Il est 16 h 45, l’opération a débuté il y a un peu plus d’heure, mais six consommateurs attendent déjà dans la salle de repos du commissariat transformée pour l’occasion en bureau.

Assis face aux prévenus, deux policiers dressent les procès-verbaux à la chaîne. Les sachets d’herbe et de cannabis s’entassent sur la table et les consommateurs prennent leur mal en patience. Un lycéen révise son cours d’histoire, une discussion s’engage autour des bienfaits et méfaits du cannabis. Tous vont ensuite passer, un à un, devant deux agents des douanes qui fixeront le montant de la transaction pénale.

« C’est la première fois que la plupart d’entre eux se retrouvent dans un commissariat en tant qu’auteurs  », commente un policier . Les profils sont on ne peut plus variés : l’un est étudiant, un autre informaticien, une autre sans-emploi, un autre encore ferrailleur… «  Cela va du gars en dreadlocks à la jolie jeune femme cadre en entreprise », résume la commissaire.

Jeudi, en seulement trois heures et demie, quinze consommateurs ont été arrêtés. Quatorze d’entre eux ont opté pour la transaction pénale. Matthieu a payé 75 € d’amende pour 5 g d’herbe. « En plus des 50 € payés pour mes 5 g, ça fait cher. Mais c’est une drogue, c’est interdit et les policiers font leur travail. Selon moi, il faudrait légaliser le cannabis, l’autoriser sous contrôle médical… Ça limiterait le trafic. Parce que les gens qui vivent ici au milieu des dealeurs, franchement, je les plains. »

Le Parisien